À Vichy, le repas à un euro fait des heureux, mais pas que…
Par Angèle SIMON
« Pour la rentrée on a doublé le nombre de repas » : le restaurant universitaire de Vichy fait salle comble depuis la généralisation du repas à un euro à tous les étudiants. Entre cadence qui s’accélère et files d’attentes qui s’allongent, quel est le bilan de cette rentrée 2026 ?

Le 7 mai 2025, soit presque un an jour pour jour avant la généralisation du repas à un euro, le restaurant universitaire (RU) de Vichy s’est refait une beauté : nouvelles caisses, nouvelle plonge et nouvelle organisation. Dans le cadre du projet Agir 2035, la communauté d’agglomération souhaitait « renforcer l’identité estudiantine du territoire ». Ce ne sont pas moins de 545 000 euros et dix mois de travaux qui ont été investis pour moderniser l’établissement afin de faire face à l’année universitaire 2025-2026. On peut dire que la communauté d’agglomération a su anticiper les besoins de ses étudiants. En effet, un an plus tard, le 4 mai 2026, la généralisation du repas à un euro a rendu cet investissement absolument indispensable.
C’est une fenêtre qu’a ouverte le gouvernement français pour des millions d’étudiants qui suffoquaient : le repas à un euro a été généralisé sans condition de ressources. Ce tarif, désigné comme « très social » par le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous), a depuis convaincu un nombre de plus en plus d’étudiants d’opter pour les repas du « resto U ».
« En deux heures, on sert entre 800 et 1000 repas »
Ainsi, à Vichy, malgré la modernisation du restaurant universitaire, c’est toujours le même « rush » devant les présentoirs, explique Julien Mey, salarié du restaurant : « En deux heures, on sert entre 800 et 1 000 repas. L’année dernière à la même période, c’était 600 repas maximum ». « On reçoit tous les étudiants de l’agglomération, parce que c’est le seul RU dans la zone », explique Pierre Bécard, chef du restaurant universitaire de Vichy.
En général dix salariés gèrent le service. Néanmoins, « la cadence a tellement augmenté que deux emplois à mi-temps ont été créés pour épauler le personnel », précise le restaurateur. Cependant, selon Julien Mey, cela ne suffit qu’à moitié. « Le rythme a doublé, mais pas la rémunération, raille-t-il. On finissait vers 14 h 30, maintenant on ne part qu’à 15 h. »
« Il y a un peu plus d’attente, mais c’est faisable »
Cette généralisation, bien qu’elle soit vue d’un bon œil par un grand nombre d’étudiants, lèse un peu les boursiers. « Cette année, vous ne pouvez prendre qu’un plat et deux composantes. Vous ne pouvez plus prendre une entrée, un plat, un laitage et un dessert, indique Julien Mey déçu. Si ça ne tenait qu’à moi je fermerais les yeux sur cette mesure. » Dorian, étudiant boursier en journalisme, n’a ainsi plus le luxe de pouvoir agrémenter son plateau de trois composantes. « Je suis un gros mangeur ! Donc, personnellement cette restriction me frustre », soupire-t-il en attendant de franchir les portes de la cantine.
Par ailleurs, cette année, la file d’attente du restaurant s’est légèrement allongée car plusieurs profils s’y mélangent : boursiers, non boursiers, étudiants étrangers, etc. Chaque midi, cette queue qui s’étale des portes du Pôle universitaire jusqu’à l’entrée du RU est parfois source de découragement. « On n’est clairement pas les pires [en termes d’attente, ndlr], mais quand tu es au fond de la file, ça peut être long », conclut Dorian.
« Je peux manger un repas complet et équilibré sans me ruiner »
Le repas à un euro est cependant une victoire sociale majeure au regard des difficultés financières que rencontrent les étudiants. Pour rappel, en avril 2026, l’institut de sondage Ipsos, en partenariat avec des associations de distribution alimentaire, indiquait que « 69 % (des étudiants précaires) ont un reste à vivre égal ou inférieur à 100 € chaque mois ! Soit 3,33 € par jour pour se nourrir, se soigner, s’habiller, se divertir ». Par « étudiants précaires », le sondage désigne les étudiants ayant eu recours au moins une fois à un dispositif de distribution alimentaire de l’association d’entraide étudiante Linkee. Le reste à vivre est la somme d’argent dont dispose un étudiant chaque mois pour payer ses dépenses courantes après le règlement de l’ensemble de ses charges fixes et incompressibles (loyer, électricité…)
En mars dernier, le Crous a mené une enquête de satisfaction auprès des étudiants qui consomment les repas servis sur les campus. Sa conclusion est la suivante : « Huit étudiants sur dix recommandent la restauration Crous. » Inès, qui n’était pas éligible au repas à un euro l’an passé, le confirme : « Je peux manger un repas complet et équilibré sans me ruiner dans les magasins », confie l’étudiante en psychomotricité. « C’est une nouvelle habitude que l’on a prise pour éviter de se casser la tête en cuisine et pour payer moins cher », acquiesce Manon, elle aussi étudiante sur le campus vichyssois, aux côtés d’Inès.
Angèle Simon