Vichy, 160 ans après la crue de 1866 : « Il y aura sûrement un événement qui va nous dépasser »

Par Mahé FAYE

Il y a cent soixante ans, l’Allier submergeait Vichy et emportait son pont. Depuis, la ville s’est dotée d’une digue, de stations de mesure et d’un plan d’alerte. Pourtant, le risque n’a pas disparu. Les explications de François Liponne, directeur général délégué au cycle de l’eau de Vichy Communauté.

Au pied du pont Jacques Chirac, côté Bellerive-sur-Allier, des dates de crues historiques sont inscrites sur un escalier. À 4.06 mètres de haut se trouve celle de septembre 1866. Crédit : Mahé Faye.
Au pied du pont Jacques Chirac, côté Bellerive-sur-Allier, des dates de crues historiques sont inscrites sur un escalier. À 4.06 mètres de haut se trouve celle de septembre 1866. Crédit : Mahé Faye.

Au pied du pont Jacques Chirac, à Bellerive-sur-Allier, plusieurs dates sont inscrites sur des marches d’escalier. Ce sont des témoins de crues exceptionnelles, dont le plus haut fait référence au 25 septembre 1866, date à laquelle l’Allier est sortie de son lit, entraînant notamment la destruction partielle de l’ancien pont de Vichy.

Selon François Liponne, directeur général délégué au cycle de l’eau de Vichy Communauté, la crue de 1866 était d’une fréquence « plus que centennale », de celles qui se produisent une fois par 150 à 300 ans, selon les estimations. Autrement dit, une chance sur plusieurs centaines qu’une telle calamité se reproduise deux années consécutives. Mais une probabilité n’est pas un calendrier : une crue de ce type peut survenir deux années de suite, ou ne pas revenir avant plusieurs siècles.

Outre les pluies exceptionnelles, François Liponne parvient à identifier une autre cause de la crue de 1866 : « Le territoire était totalement différent de celui d’aujourd’hui. Tous les secteurs de montagne étaient surexploités avec des bois coupés et des prairies trop pâturées. Cela a rendu ces sols très sensibles aux pluies, créant un phénomène de ruissellement. »

Aujourd’hui, les reliefs sont reboisés et un service dédié, la restauration des terrains en montagne (RTM), a limité l’érosion. Mais le danger s’est déplacé en plaine et sur les collines. « On a plus compacté et imperméabilisé les sols à ces endroits », déplore l’employé de Vichy Communauté.

Trois types de crues, trois dangers différents

Une zone en bordure de cours d’eau reste forcément vulnérable. « Même si on essaie de le prévenir, un événement météorologique peut toujours provoquer une arrivée d’eau qui dépasse les aménagements prévus », explique le directeur général délégué au cycle de l’eau.

Celui-ci distingue par ailleurs trois menaces. La première est la crue de l’Allier elle-même, celle qui marque le plus le territoire. Elle peut causer beaucoup de dégâts, mais elle a, selon lui, « un seul mérite » : « elle est longue à monter et on peut donc anticiper l’arrivée de la pointe de crue plusieurs jours à l’avance. »

La deuxième concerne les affluents, comme le Mourgon ou le Sichon. Là, le temps de réaction se compte en heures. « C’est une montée en crue de quelques heures, dans laquelle un régime torrentiel peut se mettre en place », prévient François Liponne. Le système d’alerte devient alors déterminant. La troisième est le ruissellement de versants, très localisé, qui peut entrer dans les maisons. Il n’y a alors que la prévention qui soit réellement efficace.

Mieux vaut prévenir que guérir

Depuis 1866, plusieurs initiatives de prévention ont été mises en place. La plus visible est la digue Napoléon, érigée au XIXe siècle. Cet ouvrage en pierre longe la berge de l’Allier côté Vichy. Mais cette protection soulève une autre problématique, que le responsable ne cache pas. En réduisant la zone inondable côté Vichy, on peut aggraver le risque en face, à Bellerive-sur-Allier. « L’eau va chercher sa place », résume-t-il. Le défi est donc de « protéger la ville sans surexposer la rive gauche ».

Ce constat est au cœur du programme d’actions de prévention des inondations (PAPI), que Vichy Communauté prépare pour une durée de six ans et un coût total de presque cinq millions d’euros. L’État, via le fonds Barnier, financerait 48 % de cette somme, et la Région environ 5 %. Le reste reviendrait pour l’essentiel à la collectivité. Le dossier doit encore être instruit par les services de l’État. Une validation est attendue courant 2027, à la fin du premier semestre.

La philosophie du programme est assumée. « On n’a plus les moyens de protéger toutes les communes avec des équipements aussi coûteux que des digues », reconnaît François Liponne. L’accent est donc mis sur la réduction de la vulnérabilité : limiter les constructions en zone inondable, remonter les armoires électriques, tester des protections individuelles chez les habitants les plus exposés.

La mémoire du risque

Le dernier volet du PAPI consiste à rappeler aux habitants que le danger existe. Vichy Communauté a profité de l’anniversaire de la crue de septembre 1866 pour lancer une campagne : articles de presse, exposition itinérante, jeu pédagogique pour les enfants et pose de repères de crue à plusieurs endroits du territoire.

L’objectif est de préparer chacun à la crise. « On encourage à avoir sa petite mallette prête avec ses papiers, un peu d’eau en réserve, un transistor, une lampe torche », énumère le responsable. Si le seuil d’alerte est dépassé, la collectivité doit, de son côté, être en capacité d’évacuer et de loger les habitants.

Au sein de Vichy Communauté, la prévention repose donc sur un aveu : « À un moment donné, il y aura sûrement un événement qui va nous dépasser. Il vaut donc mieux être prêt », prévient François Liponne.

Mahé Faye