LaChapelle à Vichy : quand l’art contemporain rencontre le patrimoine thermal
Par Hanaé MITTEAU
Dans le Grand établissement thermal de Vichy, les photographies de David LaChapelle semblent tout droit sorties d’un autre monde. Entre couleurs saturées, corps sculpturaux, célébrités et références religieuses, l’univers extravagant du photographe américain se confronte depuis le 19 juin aux décors codifiés de la Belle Époque. Une rencontre aussi surprenante que stimulante.

Il y a d’abord le lieu. Le Grand établissement thermal de Vichy, un bâtiment chargé d’histoire, longtemps dédié aux cures et aux visiteurs venus chercher ici un peu de repos. Puis, en avançant, quelque chose change. Une première série de photographies attire le regard. Des dizaines de visages se succèdent, des portraits, des couleurs qui explosent. Rose, bleu, rouge, jaune, les images de David LaChapelle apparaissent comme des éclats de lumière au milieu des murs centenaires. Impossible de rester indifférent. Le choc visuel est total.
D’un côté, les lignes élégantes et codifiées d’un lieu pensé à la fin du XIXe siècle ; de l’autre, un univers pop, extravagant et contemporain. Et pourtant, la rencontre fonctionne. « Moi, j’aime bien parce que ça vient chercher des choses. C’est très graphique, je trouve, les corps, les contrastes… » C’est ainsi que Marie-Cécile, visiteuse, décrit son ressenti après avoir découvert l’exposition par hasard. Elle ne connaissait pas vraiment David LaChapelle, mais ses images l’ont immédiatement interpellée.
David LaChapelle, le photographe qui mélange tous les mondes
Derrière ces images en couleur se cache un univers qui mélange les genres. David LaChapelle s’est fait connaître par ses portraits de célébrités et son travail dans la mode et la publicité, mais son œuvre dépasse largement l’esthétique pop. Les références à la religion, à l’histoire de l’art et notamment à la Renaissance se mêlent à une réflexion sur la société contemporaine et la consommation.
L’exposition présentée à Vichy depuis le 19 juin 2026 prend ainsi la forme d’une rétrospective de sa carrière, commencée dans les années 1980-1990 et marquée notamment par sa rencontre avec Andy Warhol. Son œuvre est décrite par l’équipe de l’exposition comme « très éclectique », « On voit vraiment l’influence de toutes les personnes qu’il a rencontrées. Andy Warhol, c’est notamment avec tout le côté qui est coloré, mais on voit aussi qu’il y a beaucoup de références religieuses ou même artistiques, tout simplement, avec des œuvres de la Renaissance », commente Laura, responsable de l’accueil des visiteurs de l’exposition.
Certaines photographies peuvent d’ailleurs déstabiliser. Les œuvres mettant en scène Jésus sont celles qui suscitent le plus de réactions négatives auprès de certains visiteurs, notamment chez les personnes très attachées à la représentation traditionnelle du religieux. D’autres, au contraire, apprécient cette capacité à provoquer une réaction et à pousser à s’interroger.
Quand deux époques se répondent
C’est précisément dans cette tension que l’exposition trouve sa force. Le calme des thermes face à l’exubérance des images. La Belle Époque face à la culture pop. Le patrimoine face à l’art contemporain. L’équipe de l’exposition y voit un dialogue entre un lieu classique et des œuvres « très contemporaines, très flashy, peut-être un peu provocatrices ». Josiane, une habituée des expositions organisées dans le bâtiment, parle, elle, d’un lien difficile à expliquer mais évident : « le lieu a une âme », dit-elle, même si cette rencontre peut sembler « complètement anachronique ».
Et c’est peut-être là toute la réussite de cette exposition : faire dialoguer deux univers qui semblaient incompatibles. Dans une ville souvent associée au repos et au patrimoine thermal, les photographies de David LaChapelle apportent une énergie nouvelle, une touche d’audace et de modernité. Marie-Cécile résume parfaitement cette impression : dans Vichy, qui lui apparaît comme une ville « sereine et paisible », « ça vient un peu contrer cet apaisement, mais d’une manière intelligente ».
L’exposition ne transforme donc pas seulement le regard porté sur les photographies. Elle invite aussi à regarder autrement le bâtiment qui les accueille. La ville souhaite d’ailleurs profiter de ces expositions pour faire découvrir et réhabiliter progressivement le Grand établissement thermal, avec l’objectif d’en faire à terme un lieu muséal.
Dans cet écrin chargé d’histoire, les images de David LaChapelle ne cherchent finalement pas à se fondre dans le décor. Elles le bousculent, l’éclairent autrement et font dialoguer deux époques. Et c’est peut-être dans ce décalage, entre le calme des thermes et l’explosion des couleurs, que l’exposition trouve toute sa singularité.
Hanaé Mitteau