« La science taille XX elles », une exposition qui bouscule les stéréotypes sur les femmes scientifiques
Par Elina MICHON
Le centre social La Passerelle de Cusset a accueilli l’exposition du 28 septembre au 9 octobre. Retour sur ce projet artistique qui vise à faire évoluer les mentalités sur la sous-représentation des femmes dans le monde scientifique.

On les appelle les Ambassadrices. Vingt-deux scientifiques, au parcours différent, partageant un seul point commun : être une femme en sciences. À l’occasion de la 35e édition de la Fête de la Science, le centre social La Passerelle de Cusset a accueilli l’exposition « La science taille XX Elles ». Du 28 septembre au 9 octobre, le public a découvert le portrait de ces femmes scientifiques auvergnates au travers de photographies décalées.
Après une édition en Île-de-France, à Lyon et à Grenoble, l’exposition s’est consacrée à la ville de Clermont-Ferrand. Lancé en 2023, ce projet est le fruit d’un partenariat entre l’association « Femmes & Sciences », le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Université Clermont Auvergne. L’objectif : mettre en avant les femmes dans le milieu scientifique et briser les stéréotypes.
« On a cette vision dans l’imaginaire collectif du chercheur, blanc, âgé, en blouse blanche »
En 2020, les femmes représentaient 33 % de l’ensemble des personnels de recherche, selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Un manque de parité qui n’est pas sans lien avec les stéréotypes liés au monde scientifique. « On a cette vision dans l’imaginaire collectif du chercheur, blanc, âgé, en blouse blanche qui fait des expériences dans son laboratoire de chimie », explique Floriane Mazzella, coordinatrice du CESPAU (Centre d’excellence de science partagée en Auvergne) à l’Université Clermont Auvergne.
Cette représentation est transmise dans l’éducation et les médias, ce qui accroît les difficultés pour les femmes à s’insérer dans ces milieux : « L’environnement dans lequel on grandit influence grandement notre orientation. Les enseignants autour de nous peuvent nous porter, ou non, vers certaines filières », précise Floriane Mazzella. L’exposition vise à changer la donne. Au travers des photographies, la représentation de ces femmes permet de redéfinir le rôle de scientifique.
Un modèle 2.0
Terminé Marie Curie, l’heure est à la nouveauté. Donner des modèles plus contemporains à la jeunesse, c’est aussi le but de l’exposition. Volcanologue, microbiologiste ou encore technicienne de recherche, plusieurs domaines et professions sont mis à l’honneur pour montrer la pluralité du milieu scientifique. « J’aime l’idée de transmettre des informations sur des métiers méconnus. C’est aussi important de montrer que l’on peut s’amuser dans son métier de chercheur », témoigne Agnès Borbon, chimiste de l’atmosphère et Ambassadrice de l’exposition.
Chaque photographie est accompagnée d’un portrait retraçant le parcours professionnel de chacune de ces femmes, de leurs victoires en passant par leurs échecs. « On peut rêver à plein de choses, même si parfois c’est difficile », témoigne Hélène Mainet, Ambassadrice clermontoise et géographe.
Si les jeunes femmes sont invitées à rejoindre le monde scientifique sans appréhension, les garçons ont aussi un rôle à jouer. La déconstruction du stéréotype passe par la sensibilisation du public masculin à l’accès des femmes aux métiers scientifiques, comme l’indique Floriane Mazzella : « Ils font partie des futurs étudiants qui vont peut-être accueillir la seule fille dans leur classe de maths. Ils ne doivent pas se dire que c’est exceptionnel. » Sans les faire culpabiliser, l’idée est de montrer que ces hommes peuvent être un soutien à l’intégration des femmes dans la science.
Une exposition véritable outil pédagogique
En 2025, l’exposition clermontoise a été exposée dans une dizaine d’établissements scolaires à travers toute l’Auvergne. Depuis quelques années, le sujet de l’égalité entre les hommes et les femmes en science est devenu une priorité pour le ministère de l’Éducation nationale. Pour faciliter l’accès des plus jeunes à cette problématique, des ateliers sont régulièrement organisés par les infrastructures d’accueil de l’exposition.
C’est le cas du centre social de Cusset. « On a créé un atelier autour de l’exposition pour les enfants de l’école Lucie-Aubrac, afin qu’ils prennent connaissance des personnalités des femmes savantes et qu’ils découvrent leur métier », précise Émilie Thomazon, directrice du centre social de Cusset.
Pour les parents, l’exposition leur permet de mieux comprendre et d’accompagner les enfants dans la réflexion autour de cette thématique. « C’est intéressant de voir le travail de ces femmes valorisé. Cela permet de montrer à mes enfants que c’est passionnant », raconte Aurélie, mère de deux enfants. Fort de son succès, l’exposition n’en a pas fini de montrer, comme l’affirme Agnès Borbon, qu’être femme et scientifique, « c’est tout à fait possible ».
Élina Michon