De Cusset à Vichy, les lycéens brandissent les pancartes et leur avenir
Par Lalie BORDRON
Cris, pancartes, solidarité. Dans les rues de Vichy, il s’agissait ce mardi 6 octobre de l’acte III des revendications lycéennes. Près de 200 personnes se sont réunies pour dénoncer leurs conditions de scolarité et faire entendre leurs inquiétudes pour l’avenir. Une mobilisation locale qui s’inscrit dans un mouvement plus large, à l’échelle nationale.

« On veut porter l’espoir de notre génération, sans attendre que les politiques parlent à notre place. » Océane, 17 ans, élève en terminale au lycée général et technologique Albert-Londres, résume ainsi les raisons de sa mobilisation. Ce mardi 6 octobre, comme elle, des centaines de lycéens de l’agglomération vichyssoise sont descendus dans la rue pour faire entendre leurs revendications.
Cusset. 7 h 30. Les élèves de l’établissement polyvalent Valéry-Larbaud se sont une nouvelle fois réunis pour faire porter leur voix. Rejoints par des jeunes de la cité scolaire Albert-Londres, ils ont pris la direction de Vichy aux alentours de 9 h. Depuis une semaine, les rassemblements se multiplient sur le territoire.
Après deux heures de marche, le cortège a finalement rejoint la place de la Poste, point d’orgue de la matinée. Près de 200 personnes s’y sont retrouvées, parmi lesquelles des lycéens, des étudiants et des membres de la Confédération générale du travail (CGT).
Des problèmes légitimes sur lesquels la lumière doit être mise
Comme dans le reste de l’Hexagone, derrière les blocus, les revendications des jeunes sont nombreuses. Insalubrité, emplois du temps trop chargés, conditions de travail difficiles : autant de problèmes que la jeunesse souhaite dénoncer et faire entendre au gouvernement. Léo, élève en terminale au lycée Valéry-Larbaud, évoque notamment les conditions de vie à l’internat : « Il y a des problèmes d’eau. Hier, ils ont trouvé des cafards. Ce n’est pas normal pour un internat dit “d’excellence”. » Mais pour l’adolescent, l’enjeu de la mobilisation est plus vaste. « Aujourd’hui, on manifeste pour tous les lycées de France », affirme-t-il.
Au-delà des revendications sur les conditions d’études, cette mobilisation traduit également la volonté des jeunes de prendre part au débat public et de faire entendre leurs inquiétudes pour leur avenir. Une préoccupation résumée par une phrase aperçue sur une pancarte en marge de la manifestation : « J’ai peur pour mon avenir et pour mes frères et sœurs. »
La jeunesse revendique, les syndicats en soutien
Bien que les lycéens soient le moteur de cette mobilisation, plusieurs organisations syndicales prennent également place à leurs côtés. Présente pour encadrer cette nouvelle matinée de revendications, l’Union locale CGT de Vichy apporte son soutien aux jeunes mobilisés. Pour Antoine Jubin, son secrétaire général, cette mobilisation commune vise notamment à demander davantage de moyens pour la société, en particulier pour la jeunesse, la recherche et les hôpitaux. Il estime également que les jeunes représentent l’avenir du pays, ce qui explique ce soutien de la CGT à leurs préoccupations.
Des professeurs étaient également présents, ainsi que des représentants de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), qui défend les intérêts des enseignants. Un tracteur de la Confédération paysanne était également présent sur les routes aux côtés des manifestants.
De son côté, Frédéric Aguilera, maire de Vichy, a pris position sur Facebook en faveur des lycéens : « Il y a des jeunes sincères dans leurs revendications et leur désarroi. Ils manifestent pacifiquement, veulent apprendre dans de bonnes conditions et se demandent quelle place ils auront demain. Il faut les entendre. »
Le prolongement d’un mouvement national
Ces actions sur le territoire bourbonnais s’inscrivent dans un mouvement bien plus large qui traverse la France depuis plusieurs semaines. Depuis le 21 septembre, des centaines de lycées ont été bloqués ou leur fonctionnement a été perturbé à travers le pays. Les attentes restent similaires à celles entendues à Vichy : davantage de moyens pour l’Éducation nationale, des classes moins chargées, des bâtiments en meilleur état et le remplacement des professeurs absents.
À l’échelle nationale, le mouvement a toutefois pris une tournure plus tendue dans certaines villes. Plusieurs lycées ont été incendiés ou dégradés et des affrontements avec les forces de l’ordre ont été recensés. Au 5 octobre, le ministère de la Justice faisait état de 5 060 gardes à vue, dont 87 % concernaient des mineurs. Dans la matinée du 6 octobre, l’Union syndicale lycéenne (USL) dénombrait quant à elle plus de 1 800 établissements perturbés et qualifiait cette journée de « journée noire historique ».
À Vichy, les lycéens entendent poursuivre leur mobilisation dans le calme et continuer à porter leurs revendications. Après une semaine de mobilisation, leur message reste le même : être entendus et ne pas rester silencieux face aux inquiétudes qui concernent leur avenir.
Lalie Bordron