Après 30 ans d’existence, la Structure information jeunesse tire sa révérence
Par Benjamin TERRIE
Après trois décennies d’activité place de l’Hôtel-de-ville, la Structure information jeunesse (SIJ) de Vichy ferme ses portes. Face à la chute de la fréquentation au guichet, Vichy communauté dissout l’association historique pour basculer vers un nouveau modèle tourné vers le numérique et incarné par un agent unique. Entre la fin de quatre contrats et la réorganisation des aides et services aux étudiants, ce virage est stratégique pour la communauté de communes.

Le 26 août dernier, Vichy communauté actait, lors d’une assemblée générale extraordinaire, la dissolution du Service information jeunesse, créé en 1995. Une décision qui a surpris les étudiants, habitués à croiser et à communiquer avec son coordinateur de presque vingt ans (salarié depuis 2008, bénévole dès sa création), Salime Terchag. Lui, s’y attendait. « Je le savais à partir de l’assemblée générale qui a eu lieu le 10 avril. Malheureusement, le bilan d’activité n’était pas bon en fréquentation, explique-t-il. L’agglomération nous demandait d’œuvrer sur les actions sur la vie étudiante, sur l’accueil du public, […] et on n’a pas atteint nos objectifs. »
Pour Vichy communauté, le constat est sans appel. « Il y a encore sept ans, près de 11 000 jeunes étaient en lien avec le Service information jeunesse. Aujourd’hui, ils sont moins de 2 000 », martèle le président de Vichy communauté, Frédéric Aguilera, auprès de L’Effervescent. Aujourd’hui, la porte d’entrée des 15-25 ans est désormais numérique lorsqu’ils ont besoin d’une information sur le logement ou l’emploi.
Face à ce désamour des locaux de la place de l’Hôtel-de-ville, l’exécutif a fait le choix de redistribuer les cartes : fin du guichet unique, place à un agent coordinateur unique chargé de « mailler le territoire » entre un bureau à Vichy campus, les trois maisons France services (à Saint-Germain-des-Fossés, Saint-Yorre et au Mayet-de-Montagne) et des partenariats renforcés avec la Mission locale et le CIO (Centre d’information et d’orientation).
Des étudiants reconnaissants mais inquiets pour la suite
Sur le terrain, la disparition du guichet historique ne laisse pas indifférent. Pour de nombreux étudiants nouvellement arrivés à Vichy, le SIJ représentait un repère humain précieux pour s’intégrer dans une ville dont ils ne maîtrisaient pas les codes. « Quand je suis arrivée il y a deux ans, je ne connaissais personne, témoigne Amélie, 20 ans, étudiante sur le campus. C’est au SIJ que j’ai pu trouver un job d’été. Savoir qu’il y avait un endroit pour poser toutes nos questions, c’était rassurant. »
L’inquiétude majeure de ce changement concerne le dispositif du Free’go, grâce auquel les étudiants peuvent récupérer de la nourriture et des produits d’hygiène gratuitement, de manière anonyme. Le maire de Vichy se veut rassurant : « C’est un service indispensable. J’ai demandé aux services de s’organiser pour qu’il n’y ait pas de césure, surtout sur le volet solidarité. » Le dispositif devrait ainsi être déplacé vers le pôle Lardy. De son côté, Salime Terchag rappelle que pendant la fermeture administrative, des relais existent avec le restaurant universitaire, l’épicerie solidaire ou la Croix-Rouge.
Un seul agent pour tout un territoire et une équipe mise sur le carreau : pari réaliste ?
L’objectif annoncé par la communauté de communes lors de la prise de cette décision est de donner la responsabilité de l’ensemble des actions du SIJ à « un agent de Vichy communauté », selon un communiqué de l’agglomération. Jusqu’alors, la structure fonctionnait grâce à une équipe dédiée de professionnels.
Un doute opérationnel émerge : est-il vraiment réaliste de confier à une seule personne l’accueil sur le campus ? Salime Terchag n’hésite pas : « Travailler avec tous les services, oui, c’est ce que je faisais. » Il poursuit en soulignant que « la force de l’agglo, c’est quand même ses moyens, ses agents et puis une volonté politique de relancer l’information jeunesse au sein de la collectivité avec une ambition forte et des moyens qui suivent ». « Je pense que ça ne peut être qu’intéressant », ajoute-t-il.
Le maire de Vichy l’assure, il souhaite aller vers les étudiants. « Ne pas attendre le client comme on dit dans le commerce, résume-t-il. Je crois qu’aujourd’hui, il faut aller vers les jeunes, aller dans les animations, aller sur les lieux de vie des jeunes, porter des messages de prévention et pas attendre qu’un jeune vienne dans les structures… C’est ça être offensif. »
« Démultiplier la proximité »
L’envie de « démultiplier la proximité » passe alors par la création d’un réseau dans les 39 mairies de la communauté de communes. « Qu’est-ce qui empêcherait aujourd’hui que ces 39 secrétaires de mairie aient aussi le droit à la formation du réseau information jeunesse ? Elles ne seront pas des spécialistes, mais [seront] correctement informées pour trouver les outils », fait valoir le président de Vichy communauté.
Quant au poste de fonctionnaire coordinateur créé par la collectivité, l’ancien salarié historique du SIJ compte bien déposer sa candidature : « Toute ma carrière s’est faite dans l’information jeunesse et la vie étudiante. Ce poste et ses perspectives sont très intéressants. »
Alors que le déploiement complet du nouveau dispositif est programmé d’ici janvier 2027, la municipalité parie sur une politique « plus offensive » sur le terrain. Reste à vérifier si ce maillage en réseau saura conserver la proximité humaine qui faisait la force du guichet historique place de l’Hôtel-de-ville.
Benjamin Terrié