À Chantelle, le café associatif Baba Yaga retisse le lien social
Par Elsa PIERRE
Ouvert en 2022 dans un ancien hôtel, le café associatif Baba Yaga est devenu un repère essentiel pour les habitants de Chantelle, petite commune de l’Allier. Porté par des bénévoles et désormais par sa première salariée, il propose culture, rencontres et entraide dans un territoire où les lieux de vie se font rares.

À Chantelle, 900 habitants, l’histoire de Baba Yaga commence en 2021, quand un petit collectif d’habitants décide de créer un lieu où “se retrouver”, dans un territoire où les commerces se raréfient. « On voulait simplement redonner un peu de dynamisme au village », raconte Romina, bénévole de la première heure.
Depuis, l’établissement est ouvert toute l’année et mobilise une vingtaine de bénévoles qui se relaient au bar, à l’organisation des soirées, à la régie technique, à l’accueil des artistes ou encore à la gestion du marché de producteurs. À l’intérieur, se mêlent café associatif, salle de spectacle, gratuiterie pour donner objets et vêtements et même hébergement pour les artistes de passage. Une vraie ruche, imaginée pour répondre à un manque : « En zone reculée, nous aussi on a besoin d’une vie sociale et de sortir », insiste Romina.
Les chiffres confirment le besoin car l’association compte plus de 200 adhérents et attire aujourd’hui des habitants de 30 communes autour de Chantelle, majoritairement âgés de 40 à 70 ans, qui représentent la pyramide d’âge locale.
Bien plus qu’un lieu de rencontre
Si Baba Yaga attire autant, c’est parce qu’il répond à une soif de lien social. Le café est devenu un repère pour les habitants isolés en quête de convivialité. « Les journées sont longues quand le Baba Yaga est fermé », confie Norbert, retraité devenu habitué. Le lieu souhaite aussi créer du lien intergénérationnel dans un secteur où la population vieillit et où les 18–25 ans préfèrent souvent filer vers Vichy ou Clermont. « Il faut mixer les âges, les lieux, les milieux. Je n’ai jamais connu autant de personnes depuis que je suis là », sourit Paul, administrateur et membre du bureau.

Certaines personnes trouvent même plus qu’un point de rencontre. Monique, qui menait auparavant « une vie plutôt solitaire », est aujourd’hui devenue bénévole. « Voir des gens s’épanouir grâce au café, c’est notre meilleure récompense », se réjouit Paul. Sans hiérarchie, l’association fonctionne avec un système de pôles et une présidence à trois têtes, un choix assumé. « C’est important pour nous que la décision ne repose pas sur une seule personne », explique Paul.
Les histoires individuelles des bénévoles font l’identité du lieu. Dans une commune située à cheval entre les territoires des centres sociaux La Magic et VivaSioule, Chantelle reste assez isolé de ces deux bassins d’activités sociales. Il faut en effet, parcourir 15 km pour se rendre au Brout-Vernet et 18 km pour se rendre à Ebreuil, un déplacement uniquement possible en voiture. Un lieu d’animation culturelle et de vie sociale de proximité comme Baba Yaga représente donc un vrai intérêt pour les personnes n’ayant pas ou peu de moyens de déplacement personnels.

Clotilde, 24 ans, première salariée et moteur d’une nouvelle dynamique
En 2025, Baba Yaga a obtenu le label « Espace de Vie Sociale », attribué aux initiatives qui renforcent le lien social dans les zones rurales. Une reconnaissance décisive car elle a permis au café de recevoir 25 000 € sur deux ans… et d’embaucher sa première salariée.
Depuis septembre, Clotilde Remondin, 24 ans, originaire de Vichy, partage son temps entre son école et le café dans le cadre d’une alternance en intervention sociale. « J’épaule au niveau administratif, de la communication, de la comptabilité… Je découvre chaque jour des personnes que je n’aurais jamais rencontrées ailleurs. On discute et on devient amis. Je vais avoir du mal à quitter Baba Yaga », confie-t-elle.

Issue elle-même du milieu rural, elle sait ce que représente un lieu comme celui-ci pour les habitants : « Ici, beaucoup de gens sont isolés. Organiser ce café, c’est une manière de leur offrir un espace où se sentir bien. » Elle voit plus loin : « Si on multipliait ce type d’initiatives dans les villages, ce serait la cerise sur le gâteau. »
Sa mission est aussi tournée vers les jeunes : « C’est mon rôle de trouver comment les attirer, comment leur donner envie. Je vois l’impact social du café et c’est pour ça que j’ai choisi d’en faire le sujet de mon mémoire. »
Elsa Pierre