Épisode 1 – Coalitions, politique métropolitaine, sécurité : les enjeux se précisent à Clermont-Ferrand

Par Thomas NOISEUX

À l’approche du premier tour des municipales 2026, les programmes s’affinent et les alliances se consolident à Clermont-Ferrand autour d’enjeux plus larges que ceux de la municipalité.

À Clermont-Ferrand, la course à la mairie s’intensifie. Olivier Bianchi, maire sortant et candidat socialiste à la tête d’une coalition de gauche, affronte des opposants qu’il connaît bien : Marianne Maximi (La France insoumise) et Julien Bony (Les Républicains), qui siègent tous deux au conseil municipal et métropolitain. Si la mairie est en jeu, les débats, eux, se déplacent de plus en plus vers les questions métropolitaines, constituant ainsi un enjeu pour près de 300 000 habitants.

À l’issue de ce scrutin, c’est en effet l’équilibre politique de Clermont Auvergne Métropole qui pourrait basculer. Les candidats l’ont bien compris, les résultats des 15 et 22 mars ne désignent pas seulement un maire, mais dessinent la gouvernance de l’aire d’attraction de Clermont-Ferrand, où se jouent transports, finances et attractivité.

En 2026, la droite part plus unie qu’en 2020. Jean-Pierre Brenas (LR) a laissé sa place à Julien Bony pour tenter de conquérir Clermont-Ferrand. Une victoire constituerait un basculement historique pour une ville dirigée par la gauche depuis plus de 80 ans. Pour tenter de renverser la vapeur, la droite et le centre droit ont formé une coalition inédite depuis la candidature de Valéry Giscard d’Estaing en 1995.

Le ralliement des macronistes à Julien Bony

Les Républicains, Horizons, le MoDem, le Parti radical, Renaissance et l’UDI se rangent donc derrière Julien Bony. Seule voix discordante à droite, Sébastien Galpier, vice-président du conseil départemental du Puy-de-Dôme (LR), a refusé de soutenir le candidat de son parti, évoquant une « soumission au macronisme ». Face aux critiques, Julien Bony a affirmé : « Notre rassemblement n’est pas une soumission, c’est une addition. »

Cette alliance avec le camp macroniste n’est pas totalement inédite. En 2020, LREM avait certes présenté un candidat et obtenu plus de 15 % des voix au premier tour, mais le parti avait fini par rallier la liste de Jean-Pierre Brenas au second. Cette allégeance dès le premier tour peut néanmoins donner un coup de boost à la liste Bony. « Cette nouvelle alliance peut (…) créer une dynamique. La division des droites et du centre au cours des quatre derniers scrutins municipaux avait fait qu’au premier tour, la liste emmenée par les socialistes avait quasiment vingt points d’avance », explique Mathias Bernard, politologue et président de l’Université Clermont Auvergne.

Pour l’universitaire, cet avantage initial ne signifie pas pour autant que la droite va l’emporter dans ce fief socialiste qu’est Clermont-Ferrand. « La prime aux sortants peut jouer. Il me semble quand même que la majorité sortante part avec une position favorable », précise-t-il.

Si Clermont basculait, la rupture serait surtout symbolique, étant donné que la gouvernance métropolitaine actuelle repose déjà sur un partage des responsabilités entre communes : chaque maire, ou presque, dispose d’une vice-présidence métropolitaine. « C’est une gouvernance de territoire », considère un maire qui reste anonyme. Une organisation dans laquelle, selon une source proche des dossiers financiers, « tous les élus ont joué leur rôle dans le vote de budgets parfois trop ambitieux ». Cette gouvernance partagée a sa part de responsabilité dans l’action municipale, mais également dans l’action métropolitaine, intimement liée.

« On parle plus des enjeux de la métropole que de ceux de la ville »

La campagne le confirme : les enjeux métropolitains dominent les débats. Mobilité et réseau Inspire -redessinant la totalité des transports dans la métropole-, réaménagement du site industriel Michelin-Cataroux, attractivité économique… Autant de dossiers municipaux aux conséquences métropolitaines. La métropole concentre en effet des compétences majeures : transports, eau, gestion des déchets, habitat. « Il y a de plus en plus de compétences déléguées à la métropole, d’où l’importance d’avoir une gestion claire », argumente un élu métropolitain de l’opposition.

Ces dossiers métropolitains, l’opposition municipale clermontoise s’en empare, au point qu’ils « centralisent tous les débats », critique un conseiller métropolitain sous couvert d’anonymat. « On parle plus des enjeux de la métropole que de ceux de la ville », ajoute-t-il. L’enjeu justifie cet engouement : la liste arrivée en tête à Clermont obtient au moins 19 des 38 sièges clermontois au sein des 84 sièges du conseil métropolitain. « En bref, si Clermont bascule à droite, la métropole bascule à droite », commente ce même élu, classé à gauche.

« On aurait peut-être des résultats différents si, par exemple, il y avait une élection métropolitaine clermontoise dissociée des élections municipales. Les électeurs ne voteraient pas forcément de la même manière pour leur commune que pour la métropole », avance Mathias Bernard.

Sécurité, transports, finances : le triptyque dont s’est emparée l’opposition

Le thème devenu central dans la campagne est le « chaos sécuritaire » dénoncé par Julien Bony, qui promet la création d’un nouveau commissariat de police municipale. L’enjeu s’est imposé notamment après la visite, en septembre, de Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, venu annoncer le dispositif « Villes de sécurité renforcée » face à la montée du trafic de drogue.

« L’insécurité a fortement augmenté à Clermont », dénonce le candidat de la coalition de droite. « Cela tient notamment à une promesse non tenue : le maire avait promis une trentaine de policiers municipaux supplémentaires. Il peut nous dire que ces postes sont créés, ils ne sont pas pourvus. Or, ce qui compte, c’est le nombre de policiers sur le terrain ! » La liste du Rassemblement national, menée par le candidat Antoine Darbois, joue également la carte sécuritaire. L’ancien élu municipal gerzatois promet de « remettre Clermont en ordre » et espère surfer sur la vague de popularité nationale de son parti pour atteindre le second tour.

Olivier Bianchi reconnaît son retard sur cette question sécuritaire, tout en rappelant la création de 36 postes de policiers municipaux non pourvus en raison de difficultés nationales de recrutement. « Ce qu’on doit faire, on le fait. Il y a le recrutement supplémentaire de policiers, la rénovation des quartiers, la question des caméras. Mais les gens pensent que s’ils avaient un maire de droite, ça marcherait mieux ? Il n’aura pas échappé que ces mêmes ministres de droite sont incapables de régler ces questions », affirmait le maire de Clermont au micro d’ICI Pays d’Auvergne.

Les mobilités constituent un autre point de friction. Le réseau Inspire, inauguré en décembre 2025, continue de diviser. Dans son programme social, Marianne Maximi propose d’aller plus loin avec la gratuité des transports publics. Julien Bony dénonce, quant à lui, une circulation automobile compliquée, souhaitant faciliter le stationnement et supprimer les zones à trafic limité. Yannick Cartailler, candidat sans étiquette de la liste Réveil clermontois, souhaite « une réduction du millefeuille administratif », en supprimant notamment le Syndicat mixte des transports en commun (SMTC), ce qui permettrait de réaliser des économies. Enfin, les finances alimentent les critiques, notamment l’extension du stade Gabriel-Montpied, dont le coût dépasse 70 millions d’euros, majoritairement financés par la métropole.

Appuyant sur ces points sensibles du bilan du maire sortant, « l’alliance de la droite et du centre et la liste LFI pourraient rendre l’élection potentiellement difficile pour la majorité sortante, même si, à mon sens, elle reste quand même en position favorable », conclut Mathias Bernard. Si la couleur politique de la ville change, la métropole conserverait tout de même une gouvernance partagée, la majorité se décidant au sein des 21 communes qu’elle rassemble.

Thomas Noiseux