Épisode 5 – Saint-Yorre se prépare à voter dans un contexte social difficile

Par Fabien OXOTEGUY

Le maire sortant, Joseph Kuchna, brigue un nouveau mandat et met en avant son bilan. Le scrutin se déroule toutefois dans un contexte social tendu, lié au conflit à la SCBV, principal employeur local.

Fronton de la mairie de Saint-Yorre.
La campagne électorale se tient alors que les employés de l’usine d’embouteillage de Saint Yorre sont en grève. Crédit : Fabien Oxoteguy

Le maire de Saint-Yorre depuis 2014, Joseph Kuchna, a confirmé son intention de briguer un nouveau mandat. Il trouvera face à lui le même adversaire qu’en 2020, le mandataire financier Franck Monnot. La campagne est toutefois compliquée cette année par un contexte social houleux chez le principal employeur de la commune, la Société commerciale des eaux minérales du bassin de Vichy (SCBV).

À travers une récente lettre ouverte adressée aux habitants, Joseph Kuchna a tenu à mettre en avant le bilan du mandat en cours d’achèvement. Parmi les réalisations de la commune de 2689 habitants figure notamment la fin des travaux sur la RD 906e, accompagnée de l’aménagement d’une piste cyclable destinée à améliorer la sécurité et à détourner le trafic poids lourds du centre-ville. La municipalité rappelle également son action en faveur du patrimoine, avec la rénovation de la façade de l’église, des installations électriques intérieures et le nettoyage de la toiture.

 « Les communes ont de moins en moins de moyens »

Le logement est présenté comme un enjeu central pour l’attractivité de la commune. En partenariat avec Auvergne Habitat, la municipalité a engagé le développement de logements à loyers maîtrisés. Le futur quartier du Grand Champ, qui comptera 30 logements, est destiné à accueillir prioritairement des jeunes ménages, avec l’objectif affiché de maintenir le dynamisme des écoles. Sur le site de l’ancienne résidence du Parc, jugée obsolète, 15 logements neufs, économes en énergie et intégrés au paysage urbain, doivent voir le jour et être proposés à la location dans les prochains mois.

Au sein de la majorité sortante, un changement important est acté. Gérard Labonne, premier adjoint, ne sera pas candidat en 2026. L’élu, en charge notamment de l’enfance, de la jeunesse, de la scolarité et des finances, en restera donc à deux mandats municipaux à Saint-Yorre.

Engagé au Parti communiste français, dont il est responsable pour le bassin de Vichy, Gérard Labonne dresse un bilan qu’il juge largement positif, estimant que 90 % du programme de 2020 a été réalisé. « On a gardé une sécurité financière, une bonne gestion financière. On a essayé de répondre au mieux aux aspirations de la population. C’est toujours compliqué, parce que les communes ont de moins en moins de moyens, et les populations ont de plus en plus de demandes et d’exigences qui sont légitimes, d’ailleurs, affirme l’élu à L’Effervescent. On ne peut pas toujours répondre à tout, d’autant plus qu’il y a un certain nombre de choses qui ont été transférées à l’agglomération, qui ne sont plus dans les compétences de la commune. »

Un adversaire bien connu

La liste élue en 2020 était apparentée à gauche, sans étiquette revendiquée, une configuration que Gérard Larbonne juge classique dans une commune de cette taille, où les clivages partisans sont moins affirmés que dans les grandes villes. Une nouvelle fois face à lui cette année, Joseph Kuchna retrouvera son adversaire de 2020, Franck Monnot, à la tête d’une liste sans étiquette, « Pour Saint-Yorre on s’engage fort ». Celle-ci milite, sur ses documents de campagne, pour « plus d’écoute, plus de justice, plus d’efficacité, plus de respect ».

Une troisième liste avait, un temps, été évoquée. Mais dans les petites communes, la constitution d’équipes est plus difficile qu’auparavant, estime l’actuel adjoint au maire. « Aujourd’hui, l’engagement public, les affaires publiques, ce n’est pas simple, il y a beaucoup de responsabilités, il y a beaucoup de contraintes, et malheureusement, il n’y a pas beaucoup de satisfaction, dans la mesure où à la fois le travail est compliqué, et la reconnaissance n’est pas toujours au rendez-vous », commente-t-il.

Les syndicalistes de la SCBV dénoncent des actes d’intimidation

La campagne municipale va se dérouler également dans un contexte social tendu, marqué par le conflit à la Société commerciale des eaux minérales du bassin de Vichy (SCBV), implantée à Saint-Yorre et appartenant au groupe Alma. L’entreprise produit notamment les eaux Vichy, Saint-Yorre et Châteldon.

Depuis janvier 2026, une partie des salariés est mobilisée à l’appel de la CGT. Selon Ludovic Paque, représentant syndical CGT au sein de l’entreprise, cette mobilisation vise à dénoncer une dégradation des conditions de travail et un dialogue social jugé insuffisant avec la direction. Une lettre ouverte des salariés met en cause la direction sur plusieurs points : revendications salariales, respect des conventions collectives, recours à des intérimaires pour remplacer les grévistes, installation de caméras de vidéosurveillance jugées anxiogènes et potentiellement non conformes, ainsi que des poursuites disciplinaires visant un salarié menacé de licenciement.

Le licenciement d’un salarié à son retour d’arrêt maladie est présenté par les syndicats comme l’élément déclencheur du conflit. Ils décrivent un collègue sans antécédent disciplinaire et jugent cette décision injustifiée. Ce licenciement aurait été suivi, selon eux, d’une série d’actes d’intimidation à l’encontre des salariés et des représentants du personnel.

La commune ne dispose d’aucun levier

« On demande 15% d’augmentation. L’ancienne grille interne à l’entreprise a été supprimée sans avoir été dénoncée et la convention collective qui s’applique est moins avantageuse. On souhaite également une hausse de 15 % de la prime de transport », note le syndicaliste.  En 1985, la chaine de production comptait 650 salariés. Ils ne sont plus que 44 aujourd’hui. Pour autant, la productivité, elle, a augmenté.

Les élections municipales ne devraient pourtant pas se jouer sur cette crise. Gérard Labonne rappelle que la commune ne dispose d’aucun levier sur la gestion économique d’une entreprise privée, même si elle peut jouer un rôle d’intermédiaire. « On peut être l’intermédiaire, mais ce n’est même pas notre rôle. C’est un conflit de travail avec lequel la commune ne peut pas avoir de levier, indique-t-il, avant de leur réaffirmer son soutien. Je suis déjà allé les voir plusieurs fois. »

 Fabien Oxoteguy