Épisode 2 – Union et reconquête citoyenne au programme de l’opposition à Vichy

Par Louis-Rafael MOREAU

À mesure que les élections municipales de 2026 approchent, les différents acteurs de l’opposition affinent leurs tactiques : unification de l’extrême droite tout en maintenant une parole critique, construction d’une alternative d’union à gauche. Chaque camp cherche désormais le bon levier pour exister électoralement.

L'Hôtel de Ville de Vichy, futur théâtre de la bataille électorale pour les municipales de 2026.
Magali Dubreuil a défendu l’écologie tout au long de son mandat. Crédit : Louis-Raphaël Moreau

L’union fait la force : ce proverbe illustre bien tout l’enjeu de la campagne électorale pour l’opposition vichyssoise en vue des municipales de 2026, à l’extrême droite comme à gauche, dans le contexte d’une main-mise établie de longue date sur l’hôtel de ville par la droite traditionnelle, incarnée depuis 2017 par le maire Frédéric Aguilera (Les Républicains).

À l’extrême droite, deux stratégies semblent aujourd’hui se croiser. Seul élu d’extrême droite au conseil municipal de Vichy, Jean-Pierre Sigaud, engagé politiquement depuis plus de douze ans, passé du Rassemblement national à Reconquête en 2021, incarne une constance dans l’opposition, mais aussi dans l’isolement.

L’abstention comme argument politique

Il annonce clairement aujourd’hui ne pas vouloir mener la bataille électorale de 2026. « Je ne me représenterai pas. Je ne veux pas être en tête de liste », affirme-t-il, actant une forme de retrait stratégique. « On se sent plus qu’esseulé quand on est le seul à représenter un parti », poursuit-il. Ce qui n’empêche pas l’élu de développer un discours critique, centré sur les finances locales : achat des thermes à l’État, niveau d’endettement, dépenses jugées superflues par l’élu RN. « Même la gauche était d’accord avec moi sur le sujet des dépenses inutiles », souligne l’élu d’extrême droite.

Jean-Pierre Sigaud insiste par ailleurs sur la faible participation électorale aux municipales de 2020 pour souligner que le colosse Aguilera, élu avec 74,11 % de voix au premier tour, quand lui-même n’en recueillait que 9,53 %, a peut-être des pieds d’argile. « Le maire a été élu à la majorité, mais un Vichyssois sur quatre seulement avait voté », rappelle-t-il régulièrement, faisant de l’abstention un argument politique.

Récemment, une nouvelle figure de l’opposition a en revanche fait son apparition pour initier une union à la droite de la droite, en la personne de Grégory Chambon. Commerçant vichyssois, installé en centre-ville depuis 25 ans avec la boutique de chaussures Ivoire, ce dernier met en avant son ancrage local et sa connaissance concrète des réalités du terrain. À la tête de la liste « La droite unie pour Vichy », soutenue par le RN, Reconquête, l’Union des droites pour la république (UDR, ciottiste) et des dissidents LR, son programme s’articule là encore autour des finances municipales, de la maîtrise de la fiscalité, et du renforcement de la sécurité.

Une gauche unie qui mise sur la rupture et la mobilisation

À gauche également, l’unité est à l’ordre du jour. Mercredi 28 janvier, devant le Grand Marché de Vichy, la liste « Union des gauches vichyssoise » a officiellement lancé sa campagne. Elle rassemble la France insoumise (LFI), le Parti communiste (PCF) et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Ses chefs de file sont Hussein Bonaud (LFI), Julien Carnat (PCF), Julien Lachèze (NPA) et Stéphanie Sauvadet (LFI).

La stratégie est clairement assumée : incarner une alternative globale à la majorité sortante. « Cette liste est une liste de rupture », affirme Hussein Bonaud, dénonçant une politique municipale jugée verticale et déconnectée des réalités sociales. Le discours vise autant la droite locale que les tendances nationales : « Cette droite, représentée par le maire sortant, s’extrémise, malheureusement, suivant les tendances régionales et nationales. »

La tactique repose sur une accumulation de thématiques concrètes : logement social, accès aux soins, transports, écologie, services publics. « Trop de décisions sont prises sans associer franchement la population », insiste le candidat, pointant une gouvernance qu’il juge technocratique. La gauche entend ainsi capter un électorat populaire et abstentionniste, en mettant en avant la justice sociale et la démocratie locale.

Une démocratie participative

La participation citoyenne est également un axe fort dans cette stratégie politique. La liste de gauche fait le choix de ne pas figer son programme trop tôt. « On ne prétend pas avoir la science infuse », explique Hussein Bonaud, revendiquant un projet « en construction ». Réunions de quartier, consultations en ligne, programme co-élaboré : l’objectif est double, élargir la base militante et recréer du lien politique avec les Vichyssois.

Cette ouverture se traduit aussi dans la composition de la liste, volontairement incomplète à ce stade. « On cherche vraiment des personnes impliquées et motivées, pas des noms pour remplir », précise le candidat. Une tactique destinée à attirer des citoyens non encartés, que la gauche identifie comme un réservoir électoral décisif.

Tensions avec les écologistes

Dans cette liste d’union, deux formations manquent à l’appel : le Parti socialiste (PS) et les Écologistes. Du côté du PS, les raisons sont brièvement évoquées : manque de budget, absence d’un nombre suffisant de représentants du parti.

Les Écologistes du Pays de Vichy rappellent quant à eux qu’ils ont été à l’initiative du rassemblement des forces de gauche et écologistes au sein de la dynamique nationale du Nouveau Front populaire. À Vichy, cette dynamique avait été impulsée par l’élue sortante Magali Dubreuil, engagée de longue date sur les questions écologiques. Ils dénoncent aujourd’hui « des attaques inqualifiables contre [leur] élue », qui les ont contraints à quitter le collectif municipal d’opposition. Malgré ce retrait, Magali Dubreuil et les Écologistes entendent poursuivre leurs combats locaux, en particulier sur le logement, les soins de proximité, et les mobilités décarbonées. Ils affirment leur soutien aux listes unitaires de gauche sur l’agglomération et leur opposition à l’extrême droite.

Des deux côtés de l’échiquier politique, les oppositions s’efforcent de jouer la carte de l’union. Reste une inconnue majeure : la capacité de cette stratégie à faire revenir aux urnes des électeurs largement absents lors des précédents scrutins. À Vichy, plus que jamais, la bataille de 2026 pourrait se jouer autant sur le terrain de l’affrontement politique que sur celui de la participation.

Louis-Rafael Moreau