Épisode 4 – À Yzeure, la continuité à gauche contestée
Par Florian COLLIN
À Yzeure, les prochaines élections municipales se préparent dans un contexte mêlant incertitudes financières, menace sur l’emploi avec la fermeture annoncée de l’usine Bosch et opposition encore discrète. Alors que le maire Pascal Perrin a choisi de ne pas se représenter, son adjoint Jean-Michel Bourgeot se positionne pour lui succéder. Il aura pour adversaire une liste s’affirmant apolitique et une autre de divers droite.

Accolée à Moulins, avec ses 12 900 habitants, Yzeure reste à gauche depuis plus de cent ans. Aujourd’hui, Pascal Perrin, maire depuis 2014, va transmettre le flambeau à Jean-Michel Bourgeot, son adjoint. Malgré une gestion comptable jugée préoccupante, Jean-Michel Bourgeot semble bien placé pour devenir le futur maire de la commune, mais deux listes d’opposition se sont déclarées.
Pascal Perrin et Jean-Michel Bourgeot siègent au conseil municipal depuis 1995 et l’élection de Guy Chambefort. Tous trois sous les couleurs du Parti socialiste. Pascal Perrin est également conseiller départemental de l’Allier depuis 18 ans, avant même de devenir maire d’Yzeure en 2014. Jean-Michel Bourgeot a lui aussi traversé toutes les mandatures de Guy Chambefort avant de devenir adjoint à l’urbanisme en 2017.
Fin de douze années de mandat
Pascal Perrin a annoncé en juin 2025 qu’il ne se représenterait pas. « Je ne veux pas faire le mandat de trop », explique-t-il. « J’y prends encore beaucoup de plaisir, mais il y a un besoin de renouvellement », complète le conseiller départemental.
« J’ai pris plus de plaisir que de moments désagréables, on peut faire des choses qui impactent la vie des citoyens », raconte-t-il en dressant le bilan de ses douze dernières années. Son deuxième mandat s’est toutefois avéré compliqué sur le plan financier. Le maire explique que les dotations de l’État ont diminué au cours du mandat, tandis que les missions confiées aux collectivités dans le cadre de la décentralisation ont, elles, augmenté.
L’année 2021 a aussi connu une multiplication par dix de la facture d’électricité sur le seul mois d’avril. « De plus, l’État nous a donné 200 000 euros d’aides, mais l’année suivante il nous a demandé de rembourser », explique Pascal Perrin, tandis que la chambre régionale des comptes jugeait en 2024 « préoccupante » la situation économique d’Yzeure.
12 millions d’euros de dette
La masse salariale était notamment pointée du doigt, avec 280 fonctionnaires communaux. « En 2014, il y en avait 400 », souligne toutefois Jean-Michel Bourgeot. Pascal Perrin se défend d’avoir administré une masse salariale trop importante en rappelant le rôle des services publics municipaux, notamment pour la restauration (80 agents communaux), les crèches et la maison de retraite. La masse salariale représente aujourd’hui 66 % du budget de fonctionnement de la commune.
Malgré les 12 millions d’euros de dettes, celle-ci s’est stabilisée et l’année 2025 sera « plus qu’équilibrée », avec 1 million d’euros d’excédent selon le maire. Jean-Michel Bourgeot se veut lui aussi rassurant, expliquant qu’elle n’« est pas aussi préoccupante que cela, car une mairie sans dettes, ça n’existe pas ». Il insiste également sur la capacité d’investissement de la commune, qu’il juge préservée pour les années à venir.
Bosch : une fermeture d’usine annoncée
L’actualité à Yzeure, c’est aussi la fermeture, annoncée le 20 janvier, de l’usine Bosch, spécialisée notamment dans la fabrication de systèmes ESP (outil d’aide à la conduite). Quelque 270 emplois y sont menacés. « Les syndicats avaient alerté de certaines difficultés autour de l’usine, mais on n’imaginait pas une fermeture », explique Pascal Perrin.
Le maire évoque un travail d’accompagnement social à mener et la nécessité de rechercher des repreneurs. Il ajoute qu’il faut mettre en avant les atouts du territoire, un « travail commun avec la région et l’État » avant de parvenir à une solution durable. Jean-Michel Bourgeot, lui, préfère rester en retrait tant qu’il n’est que candidat : « Je ne suis pas légitime pour rencontrer un ministre. » Vingt-cinq hectares de zones industrielles doivent voir le jour sur la commune, laissant entrevoir des perspectives pour l’après-Bosch.
La candidature de Jean-Michel Bourgeot a été décidée en octobre 2024, avec une liste composée de 35 personnes dont 18 nouvelles par rapport à l’équipe actuelle. « L’idée, c’était aussi d’avoir de nouvelles compétences, de nouveaux métiers représentés », décrit-il. Le candidat a notamment décidé d’axer son programme autour de la sécurité, de la santé et du développement durable. « L’objectif est de nommer un adjoint dédié à chacun de ces sujets, car jusque-là il n’y en avait pas. On identifie donc clairement ces priorités avec des élus. »
Une liste d’opposition annoncée tardivement
Si cette liste a déjà été présentée lors d’une réunion publique le 19 janvier dernier, deux listes d’opposition étaient en « gestation », selon les mots de Pascal Perrin, mais tardaient à être annoncées. « C’est compliqué, il faut trouver 35 personnes pour constituer une liste », explique Jean-Michel Bourgeot. « Mais c’est important, pour une démocratie, de pouvoir avoir au moins une liste d’opposition », complète-t-il.
C’est finalement chose faite. Le 3 février, « Yzeure, nouvelle voie » a officiellement annoncé sa candidature, avec à sa tête Dominique Ray, ex-président de l’AS Yzeure Foot et ancien directeur du service de restauration municipale pendant quinze ans aujourd’hui à la retraite. La liste affirme vouloir travailler « dans une démarche apolitique, loin des clivages partisans ». Membre de l’opposition municipale, Maria Barreto (divers droite), a pour sa part attendu les derniers jours avant la clôture des dépôts de liste, fixée au 26 février 2026 à 18 heures, pour se déclarer.
Jean-Michel Bourgeot semble à ce stade conserver la pole position face à une opposition encore discrète et avec une équipe en partie renouvelée. D’ici au 15 mars, la campagne devrait progressivement s’animer et préciser les rapports de force locaux. Pascal Perrin, lui, restera conseiller départemental jusqu’en 2028.
Florian Collin