Épisode 1 – Le règne de Pierre-André Périssol à l’heure des bilans
Par Elina MICHON
Après trente ans de mandature, l’incontournable maire de Moulins a annoncé qu’il ne serait pas tête de liste aux prochaines municipales, même s’il restera un acteur de la campagne. Un retrait qui excite les appétits et donne l’occasion à L’Effervescent de dresser le bilan des années Périssol.

Quoi qu’il arrive, Pierre-André Périssol (Les Républicains) ne sera plus maire de Moulins le 23 mars 2026. Une situation que la préfecture de l’Allier n’avait pas connue depuis trente ans. Lors de sa première élection, les Français comptaient encore leur argent en francs, la téléphonie portable et Internet en étaient encore à leurs balbutiements, le président de la république était François Mitterrand. Mais à 78 ans, l’indéboulonnable édile, confronté à des difficultés judiciaires, a décidé de céder la place de tête de liste pour la campagne des municipales à Cécile de Breuvand, sa première adjointe. La fin d’une ère, et l’occasion pour L’Effervescent de dresser le bilan de l’action de ce ténor de la politique bourbonnaise.
Quelques mots d’abord sur l’envergure du personnage. Pierre-André Périssol a été adjoint au maire de Paris, Jacques Chirac, de 1989 à 1995, avant de devenir le ministre du logement du même Chirac, devenu président, de 1995 à 1997. Son nom est entré dans l’histoire avec un texte législatif, la loi Périssol, qui permet une réduction d’impôt sur les biens immobiliers.
À la mairie de Moulins, depuis 1995, et à la tête de Moulins Communauté, qu’il préside à partir de 2000, Pierre-André Périssol dirige d’une main de fer pour mener à bien des projets de logements et de modernisation. On lui doit notamment l’implantation à Moulins, en 2006, du Centre national du costume de scène (CNCS), qui attire plus de 100 000 visiteurs par an dans la préfecture bourbonnaise.
Un réaménagement urbain de grande ampleur
Le cinquième mandat de ce « grognard » de la politique est notamment marqué par l’achèvement de la construction d’un second pont sur l’Allier, à quelques centaines de mètres en aval de l’historique pont Régemortes, engorgé depuis de nombreuses années. Fort de son expérience de technicien en chef des ponts et chaussées, Pierre-André Périssol avait annoncé le projet dès 2008, afin de fluidifier le trafic routier aux heures de pointe.
Après plusieurs années de préparation, les travaux ont été officiellement lancés en février 2021. Ouvert en novembre 2023, le pont a été financé par la ville de Moulins à hauteur de 6,25 millions d’euros pour un budget total de 30 millions d’euros. Pour l’édile, ce projet représente un accomplissement politique : « On le voulait, on l’a décidé, on l’a fait », déclarait-il avec émotion aux micros de France 3 Auvergne, lors de l’inauguration de l’ouvrage d’art.
Un autre grand objectif de ce mandat était la redynamisation du centre-ville. « Le projet de la rue Régemortes, achevé fin janvier, a des enjeux multiples, dont celui d’assurer une connexion entre le pont Régemortes, les berges et le centre-ville. Tout cela pour faire revenir les locaux et les commerçants », a indiqué Périssol lors de la cérémonie 2026 des vœux du maire. Axe principal reliant le pont Régemortes à la place Garibaldi, la rue Régemortes a été transformée en espace partagé entre piétons, vélos et voitures.
Les commerçants ont également été incités à mener des démarches de rénovation. « En 2025, la ville de Moulins a voté l’attribution de subventions pour les nouveaux commerces qui engagent des travaux pour rendre les locaux plus attractifs », a rappelé le maire lors de la cérémonie.
Des décisions tournées vers l’économie, la sécurité et l’environnement
Pour Stephan Lunte, élu d’opposition de droite (DVD), ces mesures ne suffisent cependant pas à éviter le déclin du centre-ville. « Selon moi, il manque un parking pour permettre aux gens de se garer correctement. Il faut créer un cadre agréable. Certains trottoirs ne sont pas accessibles et des façades ne sont pas en bon état », témoigne-t-il. Cette opinion est également partagée par Roland Fleury, élu d’opposition de gauche (PS) : « Pour les problèmes de stationnement, il faut davantage développer les transports en commun pour éviter l’abandon du centre-ville. »
« Notre ville n’a pas augmenté ses taux d’imposition », s’est par ailleurs félicité le maire. Promesse tenue depuis trente ans, les Moulinois n’ont pas vu leur taux d’imposition augmenter sur le foncier bâti et le foncier non bâti. « On préfère aller chercher ces financements, faire des économies. On assume ce choix tout en maintenant un montant d’investissements important », avait indiqué Pierre-André Périssol, lors du vote du budget en 2024, dans un article de La Montagne. Du côté de l’opposition, Stefan Lunte indique toutefois que, durant ces six dernières années, les dépenses ont été supérieures aux recettes : « Notre charge de dette a augmenté de 20 %. »
Parmi les mesures fortes de ce mandat, l’armement de la police municipale est devenu une question prioritaire de sécurité. Quatre agents sont désormais équipés de pistolets semi-automatiques. « Que ce soit lors de patrouilles dans les caves, où sont parfois stockés des stupéfiants, ou de contrôles routiers qui se passent mal, avoir une arme permet de dissuader ceux qui voudraient s’en prendre à eux », expliquait Pierre-André Périssol pour La Montagne en juillet dernier.
La population moulinoise continue de baisser
Au niveau des sujets liés à l’environnement, Pierre-André Périssol avait promis de développer les pistes cyclables dans la ville. C’est chose faite. La rue Régemortes et la rue de Serbie sont désormais aménagées pour les cyclistes, une démarche s’accompagnant d’une renaturation de ces espaces. Roland Fleury alerte tout de même sur le manque de projets à long terme liés à l’environnement : « On a des places qui sont véritablement des fours, alors que dans d’autres villes, on réussit à transformer et à réduire la température dans les rues. »
Malgré l’instauration d’une politique d’attractivité et le réaménagement du centre-ville, la population de Moulins a continué de baisser, passant de 19 454 habitants en 2020 à 19 228 en 2025, selon les recensements de l’Insee. « Sur ce paramètre-là, nous pouvons constater que nous n’avons pas réussi à améliorer notre attractivité », remarque Stefan Lunte. D’un point de vue culturel, si les travaux de l’extension du CNCS, débutés lors du précédent mandat, se sont finalisés en 2023, le projet du nouveau musée de la Visitation est, quant à lui, resté au point mort. « La mise en valeur du musée de la Visitation a fait partie des choses qui ont été sacrifiées pour permettre la réalisation d’autres projets comme le second pont », exprime l’élu d’opposition de droite.
Un futur politique menacé par la justice
Le bilan du maire chiraquien a été quelque peu terni par une condamnation en première instance, le 1er février 2024, pour « prise illégale d’intérêts et faux administratifs ». La justice lui reproche d’avoir, en tant qu’élu, initié et préparé la fusion de deux offices HLM de l’Allier avec Évoléa, une filiale du groupe Arcade VYV, dont il aurait été au même moment administrateur. La peine prononcée est mineure – 3 000 euros d’amende, sans peine d’inéligibilité –, mais l’édile comme le parquet – qui avait requis un an de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité-, ont fait appel.
Le 25 février 2026, l’inéligibilité, qui aurait pu mettre fin à sa carrière politique, n’est finalement pas prononcée par la cour d’appel de Riom. Pierre-André Périssol est donc libre de se présenter aux élections municipales. Il a écopé d’une simple amende de 3 000 euros.
Face à l’incertitude de cette décision de justice qui aurait pu compromettre un nouveau mandat de Périssol, le maire sortant avait préféré annoncer qu’il avancerait dans cette campagne des municipales en « tandem » avec Cécile de Breuvand, sans préciser s’il allait prendre place sur sa liste et, le cas échéant, en quelle position. « Le soutien qu’il apporte à Cécile de Breuvand peut aider (cette dernière) dans sa campagne au vu de sa notoriété. Selon le résultat du point de vue judiciaire, deux hypothèses sont à prévoir : une liste A avec lui, une liste B sans lui », commente Jacques Lahaye, ancien élu d’opposition (Place Publique).
Une aide bienvenue pour la majorité sortante alors que la droite moulinoise aborde l’élection divisée. Face à Cécile de Breuvand (LR), Pierre de Nicolay (Union des droites pour la république) et Benoît Faivre (sans étiquette, mais soutenu par Stefan Lunte), présentent leurs propres listes. On peut ainsi s’interroger quant à son impact sur les résultats de la majorité sortante.
Pour certains Moulinois, ce contexte exceptionnel est l’occasion d’apporter des changements. « Honnêtement, il faut du renouveau pour la ville. J’aimerais bien quelqu’un de plus jeune et dynamique », affirme ainsi Éric, interrogé par L’Effervescent. Pierre-André Périssol, pour sa part, reste sûr de lui, et appelle dans La Montagne à voter pour la continuité : « Compte tenu des résultats et des attentes, une continuité me semble nécessaire. Une stabilité d’autant plus indispensable dans un monde incertain. »
Élina Michon