Épisode 5 – La gauche perdra-t-elle Domérat à cause de ses querelles intestines ?
Par Tessa PAQUET
À l’ouest de Montluçon, la commune de Domérat connaît son lot de rebondissements. Alors que la maire sortante socialiste Pascale Lescurat a officialisé sa candidature pour un second mandat, l’ancien édile Marc Malbet, également issu du PS, se présente à la tête d’une liste communiste. Problème : la situation ouvre une fenêtre d’opportunité à une troisième liste apparentée à la droite.

À Domérat, la gauche se divise pour les élections municipales. Dans cette ville d’environ 8 700 habitants dans le bassin industriel de Montluçon, Pascale Lescurat (parti socialiste), la maire actuelle, brigue un nouveau mandat. Son prédécesseur, Marc Malbet, également socialiste, se présente face à elle, à la tête d’une liste divers gauche, soutenue principalement par le parti communiste. Du pain bénit pour la liste de Laurent Dequaire, officiellement sans étiquette mais apparentée à droite.
« L’histoire de Domérat, c’est une histoire construite sur un territoire ouvrier-paysan. » Joël Lefebre, conseiller municipal et membre de la liste communiste, aime parler de sa commune, ancrée à gauche depuis plus de cent ans. D’abord cité vigneronne, Domérat est devenue un vivier de main d’œuvre ouvrière à mesure que Montluçon s’industrialisait. « C’est cette double identité qui faisait que le Domératois avait un pied dans l’agriculture et un pied dans l’industrie. »
Les municipalités communistes ne datent pas d’hier à Domérat. Après la Seconde Guerre mondiale, Albert Poncet, dirigeant d’un syndicat paysan, y est élu maire. En 1975, Jean Desgranges, responsable départemental du parti communiste, prend la main. C’est en 2008 que la mairie de Domérat devient socialiste, avec Marc Malbet. À partir de cette date, la municipalité refuse les listes d’union avec les communistes.
Conserver les valeurs ouvrières de Domérat
Pourtant, mi-décembre, Marc Malbet (PS) a annoncé sa candidature à la mairie à la tête d’une liste d’union avec les communistes intitulée Divers gauche. Interrogé par L’Effervescent, l’ancien élu justifie sa décision : « J’ai accompli deux mandats et j’avais amené avec moi quelqu’un pour me succéder, mais la succession ne passe pas auprès de la population. » Marc Malbet se présente donc face à la maire actuelle, Pascale Lescurat (PS). « La situation aujourd’hui, c’est un retour à la démarche de rassemblement de la gauche pour animer cette ville de Domérat », complète Joël Lefebre.
« Nous avons annoncé que nous étions prêts à nous rassembler avec toutes celles et ceux qui étaient attachés aux valeurs d’unité de la gauche républicaine, précise Joël Lefebre. Nous avons rencontré la maire sortante pour lui demander si elle était disponible à envisager une liste avec notre participation. Elle nous a répondu de manière négative. » Cette liste communiste se donne pour but de conserver les valeurs ouvrières de Domérat, comme un territoire de gauche.
Marc Malbet déplore l’attitude de la maire sortante. « Je crois qu’elle s’est sentie un peu trop puissante. Plus de la moitié des adjoints sont partis », explique-t-il. Mais ce n’est pas la seule préoccupation pour ces élections à venir : « C’est une situation très désagréable, d’autant plus qu’il y a une liste de droite qui s’est constituée, qui est plus cortiquée cette fois qu’elle ne l’a jamais été auparavant. » Car une crainte grandit, celle de voir la mairie basculer à droite.
« Ni de droite ni de gauche, moi, je n’y crois pas »
Laurent Dequaire (SE) est en effet lui aussi candidat pour les élections municipales, à la tête de la liste « Bien vivre à Domérat ». Officiellement sans étiquette, il aurait recruté des membres issus de la droite à Domérat. Joël Lefebre dénonce : « C’est d’abord un homme qui a été un soutien de Macron. Ni de droite ni de gauche, moi, je n’y crois pas. En matière d’engagement politique local, ça n’existe pas. Il faut assumer ses valeurs. » Une inquiétude qui se retrouve auprès des habitants. En effet, de nombreux Domératois ont interpellé l’ancien élu pour lui faire part de leur appréhension de voir la municipalité passer à droite. « Si je ne bouge pas, beaucoup de gens n’iront pas voter parce qu’ils n’auront plus leurs représentants traditionnels. Et à ce moment-là, la droite va l’emporter », affirme-t-il.
En ce début de février, Pascale Lescurat a officiellement annoncé se présenter pour un nouveau mandat. À la tête de la liste « Dynamique et engagée pour Domérat », elle se dit « fière » de son bilan et se prépare à conduire la ville pour un second mandat. Son programme sera présenté prochainement aux habitants, mais l’édile, qui n’a pas donné suite aux demandes d’entretiens de L’Effervescent, a déjà annoncé « travailler à moderniser la collectivité et à développer les services à la population. »
Pourtant, selon Marc Malbet, cela ne fait aucun doute, « il y a un fort rejet de la personnalité qui dirige la mairie. » Une perte de proximité avec les citoyens se fait de plus en plus ressentir : « Il n’y a pas de secrétariat de mairie, donc c’est plus facile pour eux de ne pas donner de rendez-vous. C’est une sorte de fuite devant les habitants, ça ne marche pas », poursuit-il.Pour Magalie Souche, également membre de la liste divers gauche et interrogée par la radio RJFM, l’une des préoccupations majeures est « de remettre du sens, de l’humanité et d’aller au contact des habitants, de remettre du lien qui s’est perdu ».
« L’important, pour le citoyen, c’est la manière dont on le traite, dont on l’écoute »
À l’annonce de la candidature de Pascale Lescurat, plusieurs Domératois se sont exprimés sur les réseaux sociaux. « Elle n’a pas su comprendre la gestion financière, il faut une nouvelle liste pour gérer la commune », proteste l’un d’entre eux. « Son mandat est décevant, la commune est à l’opposé de ce qu’elle a été », dénonce un autre. Ceux-là voient dans la candidature de Marc Malbet un espoir à gauche.
Pour la liste de ce dernier, des projets sont déjà en préparation. « Nous avons la volonté d’agir sérieusement pour répondre aux attentes des populations de Domérat, en matière d’équipements et de commerces du centre-bourg, la présence de médecins sur la commune, le fonctionnement des associations, puis la question de la sécurité », énumère-t-il. Cependant, pour répondre aux mécontentements de la population, Marc Malbet a surtout une philosophie qu’il souhaite appliquer : « Le programme c’est une chose, mais l’important pour le citoyen, c’est la manière dont on le traite et on l’écoute. »
L’objectif est clair, regagner de la confiance et de la proximité avec les Domératois. « On est là pour envisager que demain, on reprenne pied avec une municipalité qui refasse du contact avec la population, les associations, les acteurs de la vie locale », déclare Joël Lefebre. En contraste avec les retours sur la municipalité actuelle, Marc Malbet déclare : « Et je veux bien sûr, que notre programme soit appliqué, mais que ce soit fait d’une manière, d’abord, beaucoup plus humaine avec le personnel. »
Mise à jour : La maire sortante, Pascale Lescurat, a dévoilé sa liste et son programme le 11 février. Entourée de 28 personnes, elle met en avant une jeune colistière, âgée de seulement 18 ans. Avec un discours à l’offensive, sans citer de nom l’édile a déclaré :« Nous ne sommes pas des vendeurs de rêves et d’illusions. » Du côté de son prédécesseur, ce 20 février, Marc Malbet a présenté sa liste Domérat Union Écoute Ambition (divers gauche, hors LFI), devant le parvis de l’église de la commune. Dans cette union de la gauche, trois élus de la majorité actuelle sont présents. Enfin, le candidat sans étiquette, Laurent Dequaire, a annoncé sur un post Facebook qu’il présenterai officiellement sa liste et son programme, lors de réunions publiques, les 6 et 13 mars 2026.
Tessa Paquet