Épisode 1 – Frédéric Laporte : un bilan en demi-teinte
Par Juliette PAIN
Après neuf années à la tête de la mairie de Montluçon, Frédéric Laporte (LR) brigue un nouveau mandat. S’il peut mettre en avant des réalisations, notamment dans le domaine de la rénovation urbaine, son bilan n’en est pas moins contesté, en particulier dans les domaines de l’éducation et de l’action sociale.

Frédéric Laporte aborde la campagne pour être maire de Montluçon avec une longueur d’avance. Membre du conseil municipal depuis 2008 et maire depuis 2017 après avoir pris la succession de Daniel Dugléry, l’ancien expert-comptable connaît bien les rouages de la mairie comme ceux de sa ville. Ces longues années d’engagement local ont contribué à forger l’image d’un élu profondément attaché à Montluçon, un statut qu’il revendique régulièrement dans ses prises de parole. Mais, après près de dix ans à la tête de la municipalité, son bilan divise. Si le maire, du parti Les Républicains, n’est pas resté inactif, certaines décisions prises au cours de ses mandats ont suscité des critiques et n’ont pas fait l’unanimité auprès des habitants.
« Les gens doivent prendre conscience de la richesse de notre territoire »
Vendredi 16 janvier, le maire sortant a dressé un premier bilan de son action, affirmant avoir « appliqué 80 % du programme proposé aux électeurs lors de la précédente élection ». Un programme qui mettait notamment l’accent sur la rénovation urbaine. Dans les faits, cet engagement a largement été respecté dès la moitié de son mandat. « Nous avons un certain nombre de chantiers ouverts et les gens doivent prendre conscience de la richesse de notre territoire et du fait que l’on peut en être fier », déclarait-il au journal La Montagne dès 2023. Rénovation de l’hôtel de ville, du château des ducs de Bourbon, aménagement des berges du Cher ou encore transformation du quartier Pierre-Leroux : autant de projets que Frédéric Laporte présente aujourd’hui comme des réussites majeures de son mandat.
La question de la sécurité occupait également une place centrale dans son programme. Pour tenir ses engagements, le maire a notamment déployé plus de 350 caméras de vidéoprotection et créé une police municipale. Une mesure qu’il justifie avant tout par la nécessité de renforcer le lien avec les habitants : « Je pense qu’une grande partie de la population attend d’avoir des interlocuteurs avec qui discuter pour trouver des solutions pratiques. Une présence que la police nationale n’assure plus par manque de moyens », explique-t-il. Enfin, le volet social constitue un autre axe de son action municipale. Une épicerie sociale a ouvert ses portes en avril 2023, tandis que la Maison des aînés, inaugurée en décembre 2025, propose un espace entièrement dédié aux seniors de la commune.
Les enfants au second plan
Si nombre de ses propositions ont été saluées, d’autres projets ont suscité de vifs débats. C’est notamment le cas du plan Écoles 2022-2026, que la municipalité présente sur son site comme visant à « adapter, rénover et sécuriser les établissements afin que les élèves puissent effectuer leur scolarité dans les meilleures conditions ». Dans les faits, ce plan s’est traduit par la fermeture de trois écoles élémentaires publiques : Desnos-Aymé, Pauline-Kergomard et Anatole-France. Un choix vivement critiqué par l’opposition municipale. Pour Magalie Ferreira Neves, élue d’opposition, cette décision révèle un manque de priorité accordée aux enjeux sociaux : « Je ne suis pas satisfaite parce que les questions sociales ne sont pas mises en priorité. Quand on voit, par exemple, un maire qui ne sauve pas des écoles publiques, ce n’est pas normal. »
De son côté, Frédéric Laporte réfute ces accusations et renvoie la responsabilité à ses opposants. « J’ai fait trop de concertation. J’aurais dû en faire moins. L’opposition n’a proposé aucune solution alternative », affirme le maire. Une fois cette décision loin de faire l’unanimité prise, les familles sont venues pour protester lors d’un conseil municipal. Une personne présente sur les lieux nous raconte : « Le maire a fait appel à la police pour nous faire partir. Alors que protester est notre droit, le maire nous a réprimandés, ce n’est pas normal d’en arriver là. »
Le social dans la panade
Le dernier budget présenté par Frédéric Laporte en avril 2025 a lui aussi cristallisé les critiques. L’opposition et une partie des habitants lui reprochent de ne plus accorder une place suffisante aux politiques sociales et culturelles. Des arbitrages budgétaires qui, selon ses détracteurs, fragiliseraient l’ensemble du tissu associatif local, pilier de la vie municipale. « Quand on sait que tout le réseau associatif permet de créer du lien, d’animer la ville et de participer à son attractivité, on ne peut pas se satisfaire de telles décisions », déplore Magalie Ferreira Neves, membre du Parti communiste français. Associations sportives, culturelles ou sociales : toutes seraient concernées par ces restrictions, dans un contexte où nombre d’entre elles reposent déjà sur des moyens limités et l’engagement de bénévoles.
Ces choix budgétaires trouvent également un écho dans la politique municipale menée en direction de l’enfance, au-delà du seul cadre scolaire. Par exemple, durant sa campagne, Frédéric Laporte s’était engagé à « mettre en place les capacités d’accueil les plus larges possibles dans les centres de loisirs pour l’été ». Une promesse que l’opposition estime aujourd’hui non tenue. Après près de neuf ans de mandat, les centres de loisirs auraient au contraire vu leurs budgets diminuer, entraînant une réduction des effectifs et des capacités d’accueil. « Il n’y a plus de subvention pour le gardiennage d’enfants. Je le dis volontairement, c’est violent, parce qu’on ne garde pas des animaux. Aujourd’hui, les enfants sont pris en charge avec moins de personnel et des moyens réduits », dénonce l’élue de l’opposition.
« Tout cela est enclenché, il faut enfoncer le clou »
Malgré les critiques formulées à l’encontre de son mandat, Frédéric Laporte affiche sa détermination à conserver la mairie de Montluçon. Officiellement lancée début janvier, sa campagne était en réalité amorcée depuis plusieurs mois. Dans ses prises de parole, le maire sortant affirme « vouloir poursuivre le travail entrepris pour le renouveau de Montluçon ».
Face aux attaques de ses adversaires, il met en avant les actions menées au cours des six dernières années. « On a fait beaucoup de choses. Il y a des réalisations marquantes : le château, l’hôtel de ville, la Maison des aînés, l’épicerie sociale… Comme tout cela est enclenché, il faut enfoncer le clou », insiste-t-il. Une stratégie qui consiste à valoriser la continuité plutôt qu’un changement de cap. Cette volonté de prolonger son action se reflète également dans l’intitulé de sa liste, « Portons Montluçon plus loin », un slogan qui revendique l’idée d’un mandat placé sous le signe de la poursuite et de l’amplification des projets déjà engagés. Ce discours est soutenu par Romain Lefebvre, responsable de campagne, élu aux sports et sur la nouvelle liste pour qui « il y a encore beaucoup de projets à mener pour que Montluçon rayonne davantage ».
Juliette Pain