Épisode 4 – L’extrême droite rêve d’une percée historique dans l’Allier
Par Maude FRIQUET
Alors que l’extrême droite a observé une progression nationale impressionnante lors des dernières élections législatives, ses différentes composantes politiques espèrent remporter le plus possible de communes en France. Un projet qu’elles entendent appliquer aussi en terre bourbonnaise, mais qu’elles peinent à mettre en œuvre.

En 2022, pour la première fois dans l’histoire de l’Allier, une circonscription du département, la deuxième, autour de Montluçon, a élu un candidat d’extrême droite – Jorys Bovet, membre du Rassemblement national (RN) – pour la représenter à l’Assemblée nationale. Deux ans plus tard, elle a récidivé lors des élections législatives anticipées de l’été 2024. Le député sortant avait alors obtenu 43,27 % des voix au second tour, soit six points de plus que la moyenne nationale de son parti (37,17%), qui glanait 124 sièges au Palais Bourbon. Le RN est désormais le groupe le plus représenté dans l’hémicycle et la deuxième force d’opposition derrière la coalition du Nouveau front populaire. De quoi nourrir des appétits pour les municipales 2026.
Dans l’Allier, les ambitions de la droite extrême semblent pourtant marquer le pas. Au moment de la publication de cet article, seules deux listes de cette mouvance politique se sont déclarées, à Moulins et à Vichy. À Commentry, une liste sans étiquette aurait une proximité avec le RN. À Montluçon enfin, un appel de Jorys Bovet à former une liste n’a pas encore été suivi d’effet.
L’extrême droite a de grandes ambitions dans l’Allier
Première à s’être déclarée, la liste d’extrême droite moulinoise se revendique de l’« union des droites ». Elle rassemble le RN, Reconquête, l’Union des droites pour la république (UDR, ciottistes) et des transfuges du parti Les Républicains (LR). Son chef de file, Pierre de Nicolay, résume à lui seul cet amalgame. Aujourd’hui membre de l’UDR, le candidat avait participé aux élections législatives de 2022 sous l’étiquette Reconquête, puis à celles de 2024 sous les couleurs du RN.
L’an dernier, Pierre de Nicolay s’est illustré en apportant un soutien vibrant au spectacle controversé Murmure de la cité, joué en juin à Moulins. Spectacle historique son et lumières façon Puy-du-Fou, Murmures de la Cité, soutenu financièrement par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, a été critiqué pour sa façon très idéologique d’aborder l’histoire de France, passant par exemple sous silence la Révolution mais mettant en valeur le passé chrétien et royal du pays.
À Vichy, une ville fermement tenue par la droite traditionnelle, incarnée par le maire sortant Frédéric Aguilera (LR), l’extrême droite a tardé à se mettre en ordre de bataille électorale. Mais c’est chose faite, avec une liste de la « droite conservatrice et patriote » rassemblant derrière la figure du commerçant Grégory Chambon des colistiers issus du RN, de Reconquête, de l’UDR mais aussi de certains LR déçus par leur parti.
Mais c’est surtout à Montluçon et dans ses environs, dans le fief du seul député RN du département, que la mouvance semble avoir le plus de mal à constituer ses listes. Jorys Bovet a dans un premier temps appelé, dès le 7 mai 2025, à la mobilisation pour les municipales dans la ville ouvrière de Commentry, actuellement tenue par la gauche et symbolique puisque c’est dans cette commune qu’a été élu le premier maire socialiste du monde, en 1882. « Nous préparons activement une équipe engagée et déterminée pour la commune. Faites entendre votre voix, engagez-vous », a enjoint le député sur Facebook. Toutefois, si une liste a bien vu le jour avec les candidats pressentis, elle n’a pas reçu l’investiture du RN et se présente comme sans étiquette.
Il a fallu attendre le 12 janvier pour que Bovet lance un nouvel appel, cette fois concernant Montluçon. « Montluçon est à un carrefour […] Seule une liste clairement identifiée Rassemblement national peut faire bouger les lignes. Pas une énième combinaison floue », a-t-il clamé, une nouvelle fois sur Facebook. Mais l’injonction, au moment d’écrire ces lignes, n’avait pas encore été suivie d’effet.
Cette difficulté à constituer des listes montre à quel point l’extrême droite est encore à la peine pour transformer en engagement local ses succès nationaux, du moins dans l’Allier. « Pendant longtemps, quand même, le RN n’avait même pas la possibilité de présenter des listes, parce qu’il ne trouvait pas de candidats en nombre suffisant qui soient prêts à assumer cette étiquette », explique Mathias Bernard, politologue et président de l’université Clermont-Auvergne. Pour autant, la recherche par l’extrême droite d’une respectabilité politique semble porter des fruits au niveau national. « Aujourd’hui, la stratégie de dédiabolisation fonctionne, puisque le RN parvient à construire des listes complètes. Et donc évidemment, ces listes complètes ont de fortes chances de faire un score significatif », continue l’universitaire.
Une chance de victoire ?
Le score élevé du RN et de ses alliés aux législatives n’est cependant pas un indicateur fiable concernant des élections d’échelle locale, poursuit Mathias Bernard. « La conquête de municipalités, c’est beaucoup plus aléatoire. Je ne suis pas sûr qu’on ait une vague au niveau de la conquête de nouvelles municipalités par le RN, sachant qu’il en a déjà quelques-unes », commente-t-il.
Dans l’Allier, la seule ville où l’extrême droite pourrait bénéficier d’une petite fenêtre d’opportunité lors de ces municipales est Moulins, en raison du retrait de son maire Pierre-André Périssol (LR) et de la multiplication des candidatures. « Nous avons de grandes chances de gagner les municipales dans la ville de Moulins », s’enflamme Arnaud Dassier, responsable départemental de l’UDR, en réponse aux questions de L’Effervescent. Pour le militant, sa famille politique pourrait bénéficier du ras-le-bol généralisé des électeurs. « Les Français sont déçus de nos politiques », commente-t-il, avant d’afficher son objectif : « Nous voulons faire barrière à la gauche coûte que coûte. »
Un programme en trois points
Les points principaux du programme défendu par l’UDR -le seul parti d’extrême droite ayant répondu aux questions de L’Effervescent – sont la sécurité, l’immigration et l’économie. Pour Arnaud Dassier, il est indispensable de prendre des mesures pour la sécurité des habitants de l’Allier, notamment à Moulins. « Nous voulons doubler le nombre de policiers municipaux, ajouter des caméras de surveillance avec une reconnaissance faciale grâce à l’IA », explique-t-il. Pour l’économie, l’UDR se revendique pro-entreprise. « Le gouvernement a noyé les entreprises sous les taxes, les charges et les réglementations. Nous, on veut leur faciliter la vie et les aider », assure le politicien. Pour autant, aucune mesure précise n’est proposée en réponse à la question : que comptez-vous mettre en place réellement ? Et qu’en est-il de la culture, des écoles ou de l’hôpital public, trois milieux en crise profonde depuis des années, faute de financements et d’embauches suffisants ? « Tout va bien pour eux, on ne compte rien changer », affirme Arnaud Dassier.
Maude Friquet