Budget 2026 : la potentielle suppression des APL pour les étudiants étrangers menace le Cavilam de Vichy

Par Enzo AMIRAULT

À Vichy, où le Cavilam accueille chaque année des milliers d’étudiants venus du monde entier, la possible suppression des APL pour les jeunes extracommunautaires inquiète. Associations et professionnels alertent sur les effets que cette mesure du budget 2026 pourrait avoir au niveau local.

Façade d'un immeuble du Cavilam de Vichy.
Le Cavilam de Vichy a intégré en 2012 le réseau international des Alliances françaises. Crédit : Enzo Amirault

Il est 14 heures lorsque le frigo solidaire de la Structure d’information jeunesse (SIJ) ouvre ses portes à Vichy. À l’intérieur, Salime Terchag, informateur jeunesse au SIJ, accepte de parler de la situation des étudiants : « On voit bien qu’ils tirent la langue. Certains viennent juste pour un paquet de nouilles ou une boîte de raviolis ». La scène décrite par Salime est devenue presque ordinaire pour l’association ; qui a mis en place son frigo solidaire à destination de tous les étudiants vichyssois.

La précarité étudiante ne cesse d’augmenter et pourrait s’accentuer avec le budget 2026, dans lequel le gouvernement envisage de supprimer les aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants étrangers extracommunautaires et non boursiers. L’inquiétude face à cette potentielle mesure se fait ressentir directement au sein du Cavilam, une association située à Vichy, qui accueille chaque année plusieurs milliers de jeunes du monde entier.

Des étudiants étrangers déjà en difficulté

« On a été lundi matin récupérer les sacs garnis de nourriture de la supérette paysanne de Vichy, et on s’est rendu compte qu’il n’y en avait déjà plus. Donc ça fonctionne… malheureusement ça fonctionne », évoque Salime Terchag. Peu importe leur nationalité, il constate une augmentation du nombre de jeunes qui viennent chercher de la nourriture dès que le frigo est plein.

Un réfrigérateur vide.
Le frigo solidaire du SIJ vide après le passage des étudiants. Crédit : Enzo Amirault

Si l’article 67 du projet de loi de finances est voté, ce sont 300 000 étudiants qui perdraient leur droit aux APL dès la rentrée prochaine, selon la Fondation pour le logement des défavorisés. Pourquoi le gouvernement tente-t-il de faire des économies en supprimant une aide fondamentale pour les étudiants étrangers ? Salime Terchag trouve cette proposition incohérente : « À partir du moment où il y a une logique de les accueillir, et donc de leur donner les mêmes moyens que les étudiants français, ce n’est pas logique, ce n’est pas pertinent. »

Cette mesure pourrait renforcer les difficultés déjà bien présentes. Les frais d’inscriptions sont plus élevés pour les étudiants étrangers, et l’accès aux bourses sur critères sociaux relève souvent de l’impossible au vu des critères à remplir. D’après le rapport 2023 de l’Observatoire national de la vie étudiante, 41 % des étudiants étrangers déclaraient éprouver des difficultés financières telles qu’il leur était impossible de faire face à leurs besoins essentiels (alimentation, loyer, gaz ou électricité). C’est presque le triple par rapport aux étudiants de nationalité française (15 %).

« Les stagiaires ne pourront plus se permettre de venir »

Chaque année, le Cavilam de Vichy accueille près de 4 000 stagiaires. L’objectif ? La diffusion de la langue et de la culture française. À Vichy, c’est une véritable institution. Si la suppression des aides personnalisées au logement est votée, les réseaux d’Alliances Françaises à travers le pays pourraient voir sa fréquentation chuter. « On va être en perte totale, même pour la ville de Vichy. Que ce soit à Paris, à Nice, qu’importe, les stagiaires ne pourront plus se permettre de venir », évoque Léana, membre du service hébergement du Cavilam de Vichy.

L’aide est estimée entre 100 et 250 euros par mois, mais elle est pourtant fondamentale : « Si on supprime les APL, on va voir que ça va nous affecter et qu’il n’y aura plus d’étudiants » souligne-t-elle.

Difficile pour celles et ceux qui travaillent avec ces jeunes de comprendre la logique du gouvernement. « Que ce soient les étudiants étrangers ou les autres, il n’y a pas de légitimité à tout ça, parce que tout le monde est dans le besoin. C’est encore plus compliqué pour des personnes qui viennent des pays étrangers, c’est pourtant logique », s’étonne Valentine, du service culturel du Cavilam. Cette mesure pourrait priver le Cavilam de nombreux étudiants étrangers.

Enzo Amirault