« Souvent, il n’y a pas assez de pain » : l’ouverture de la deuxième boulangerie au Mayet-de-Montagne très attendue
Confrontés depuis plusieurs années à un manque de boulangeries, les habitants de la Montagne bourbonnaise attendaient avec impatience la (ré)ouverture d’un deuxième établissement au Mayet-de-Montagne : il a eu lieu lundi 1er décembre.

Par zéro degré et un brouillard à couper au couteau, mieux vaut ne pas traîner longtemps dehors au Mayet-de-Montagne. Cela tombe bien : l’endroit idéal pour se réchauffer, ce matin-là, est la future boulangerie du village de 1392 habitants.
Les étals encore vides n’attendent qu’à être remplis. Ils devaient l’être lundi 1er décembre, jour de l’ouverture officielle de la boulangerie. Au moment de ce reportage, l’heure est aux essais pour Nicolas Rassineux, le boulanger qui reprend l’affaire. Dans le projet, il est accompagné, à la vente, par sa femme Vanessa Reynard. « Je l’embarque aussi dans le pétrin », blague le néo-commerçant du Mayet-de-Montagne.
Un boulanger expérimenté
Dans la boulangerie depuis son enfance, Nicolas, 42 ans, n’en est pas à sa première expérience. Après vingt-deux ans à son compte dans la région lyonnaise, l’artisan était déjà intéressé par la boulangerie du Mayet « prise d’assaut » lors d’un premier appel à candidatures il y a trois ans. Il a alors travaillé dans une chaîne de boulangerie à Cusset, qu’il a vite quittée car elle ne correspondait pas à ses valeurs du travail artisanal.
Mais lorsqu’un nouvel appel d’offres s’est présenté en mai dernier au Mayet, Nicolas n’a pas hésité : « Cela faisait deux ans que je ne faisais plus de boulangerie et le métier me manquait. Il me restait du matériel donc je pouvais me réinstaller avec un minimum d’investissements. En plus de ça, le village du Mayet me plaît et c’est toujours amusant de participer à la vie d’une petite commune. Alors, je me suis dit : Allons-y ! »
Disjonctage
Avant l’ouverture, il a fallu remettre en état les locaux appartenant à la mairie du village situé au cœur de la Montagne bourbonnaise. « C’était sale, car ça a été inoccupé pendant six mois. On n’a pas arrêté du matin au soir pendant trois semaines pour tout nettoyer et installer », décrit le boulanger. Puis, il était impératif pour Nicolas de tester le bon fonctionnement du matériel de son laboratoire. « Le but est de repérer ce qui va et ce qui ne va pas, de voir si la disposition du laboratoire est fonctionnelle pour ensuite travailler dans les meilleures conditions », explique le maître boulanger.
Preuve de l’importance de ces essais : les plombs disjonctent systématiquement lorsque Nicolas lance la deuxième étape du pétrissage de la pâte à pain. À quelques jours d’ouvrir le commerce, il faut désormais régler au plus vite ce problème électrique. « Si on n’avait pas fait d’essais, on se serait retrouvés malins le jour de l’ouverture », ironise le boulanger qui n’hésite pas à se transformer en bricoleur.
Seulement deux boulangeries pour 6000 habitants en Montagne bourbonnaise
L’ouverture est très attendue par les Mayétois et, en premier lieu, par leur maire, Jean-Pierre Raymond. Il espère que l’installation de Nicolas et Vanessa contribuera à redynamiser son bourg : « Plus il y aura de commerces au Mayet, plus les gens seront attirés par la commune. »
L’édile souhaite également résoudre le manque d’approvisionnement en pain dans son village. « Malgré le dépôt de la boulangerie de Molles, aujourd’hui, l’autre boulanger du Mayet-de-Montagne dit qu’il est saturé et qu’il y a du travail pour un autre fournier sur la commune », rapporte l’élu.
Car c’est une grande partie des habitants de la Montagne bourbonnaise qui vient chercher sa baguette tradition et ses viennoiseries au Mayet. Jean, résidant d’Arronnes, est dans cette situation : « Je suis obligé de venir me dépanner en pain au Mayet tous les jours car nous n’avons plus de boulangerie à Arronnes depuis quelques années maintenant. »
« Deux boulangeries pour toute la Montagne bourbonnaise [celles de Molles et du Mayet, ndlr] où il y a une population d’environ six mille habitants, ça fait un peu juste », s’exclame Jean-Pierre Raymond. Un constat que partage Jean : « Souvent, il n’y a pas assez de pain dans les boulangeries. Une deuxième boulangerie au Mayet ne sera pas de trop. »
« On saura qu’au Mayet, on est toujours sûr d’avoir du pain »
Autre problème résolu par l’arrivée d’une deuxième boulangerie : il y aura du pain le lundi au Mayet-de-Montagne – ce qui n’est pas le cas actuellement. « C’est ma première satisfaction que la boulangerie soit ouverte le lundi et ça devrait aussi donner satisfaction à la clientèle », se réjouit le maire de la commune de l’Allier. À l’épicerie Vival, quelques dizaines de mètres plus loin dans la rue commerçante, Sylvie, retraitée au Mayet-de-Montagne, ne cache pas son enthousiasme face à cette nouvelle : « Il faut que les deux boulangeries travaillent en complémentarité. Comme ça, on saura que sur la commune, on est toujours sûr d’avoir du pain. »
Si Sylvie espère « que les habitants du Mayet jouent le jeu avec les nouveaux commerçants », elle souhaite également que ces derniers « proposent des produits de qualité et variés comme du pain au levain ou du pain bio ».
En attendant de découvrir la carte de la boulangerie lundi 1er décembre, les derniers réglages étaient encore à effectuer pour le couple d’artisans boulangers. Si Vanessa « est un peu stressée », Nicolas, plus habitué à ce type d’événements, a « hâte d’y être ».
Seule interrogation : « On ne sait pas trop combien faire en quantité de pain, de brioches… », avance Nicolas. Mais une certitude, glissée avec un sourire, par Vanessa : « Lundi, on va faire en sorte qu’il y ait du pain toute la journée, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente. »
Merlin Restoux-Pinglot