Musée AAA : Sortir l’Afrique et l’Asie des masques et des statuettes
Par Baptiste MAGAT
Le musée des Arts d’Afrique et d’Asie de Vichy présente depuis le 11 avril 2026 deux expositions temporaires, intitulées Afrique arts contemporains et Routes. Deux pérégrinations fort différentes, au cœur de l’art contemporain pour l’une, des errances migratoires pour l’autre, à contresens des autoroutes éculées de l’orientalisme et des réminiscences coloniales.

Depuis le 11 avril 2026, le musée des Arts d’Afrique et d’Asie présente entre ses murs deux expositions temporaires intitulées Afrique arts contemporains, mettant en lumière l’art contemporain africain à travers des peintures, des photos, des sculptures… et Routes, permettant de comprendre l’importance des voies de communication dans certains pays. Routes spirituelles, commerciales ou encore circulation de savoirs et de cultures, leur importance est racontée à travers différents objets et œuvres issus des pays concernés. « Chaque année, nous organisons des expositions temporaires d’art contemporain. Grâce à des expositions comme Afrique arts contemporains et Routes, on démontre que l’art provenant de ces continents ne se limite pas à des masques et des statuettes, comme beaucoup d’Occidentaux le pensent », affirme Marie-Line Therre, directrice du musée.
Afrique Arts Contemporains : comprendre la vie locale et ses enjeux à travers l’art
Le rez-de-chaussée du musée est consacré à cette première exposition. Entre peintures, sculptures ou encore photos, les yeux se baladent des œuvres à leur signification, des biographies des artistes aux messages qu’ils souhaitent véhiculer à travers leur travail. Venus du Mozambique, du Mali, de la République démocratique du Congo (RDC), d’Angola, du Mali et de bien d’autres pays encore, les artistes et leurs points de vue se mélangent et offrent une diversité de visions et de connaissances de la vie sur le vieux continent. « On peut clairement observer, à travers la variété des œuvres, que les artistes avaient beaucoup de choses à raconter, à leur manière », affirme la directrice du musée.
Raconter la vie, raconter le quotidien sans tomber dans la banalité. Moke, artiste originaire de la RDC, peint notamment les nuits festives à Kinshasa. La vie n’y est pas facile, mais l’ambiance des bars et des fêtes nocturnes dépeinte par ses peintures la rend plus simple. Houston Maludi, lui aussi né en RDC, dessine un Kinshasa en mouvement. Dans un méli-mélo de lignes, il fait embrasser le vivant et la ville : axes routiers, embouteillages, bâtiments emblématiques de la capitale congolaise. Raconter mais aussi dénoncer.
L’un des nombreux pouvoirs de l’art est de produire des œuvres chargées. Chargées de sens, chargées d’histoire, chargées de dénonciations. Steve Bandoma, lui aussi Congolais, mélange différentes techniques artistiques pour donner une autre dynamique à ses œuvres. À travers certains de ses travaux, il encourage notamment à se détacher d’une politique qui gangrène et appesantit les morales.
Routes : un monde nourri par l’interculturalité
Quelques marches plus loin et un étage plus haut, un espace est entièrement dédié à cette deuxième exposition temporaire. Ambiance sonore et visuelle, le visiteur est plongé directement au cœur du Tibet, de l’Afghanistan et du Pakistan, mais aussi de… la Guyane française, terre d’accueil de populations hmong du Vietnam. « C’est une exposition que nous avons construite en lien avec l’actualité, explique Marie-Line Therre. Au XXIe siècle, environ un milliard de personnes pourraient se retrouver sur les routes à cause des catastrophes climatiques. On voulait donc savoir ce que ces déplacements de masse peuvent apporter d’un point de vue culturel, économique, leur impact sur les populations… »
Les salles mettent en avant différents objets, différentes sculptures. Des théières pour plantes médicinales, différents aspects de Bouddha… « Les sculptures de Bouddha sont parfois différentes car il a été ballotté entre différentes influences. Des Grecs aux Perses, en passant par les Indiens et les Iraniens, cela nous montre vraiment que la culture est mobile et que rien n’est figé », commente la directrice. Elle soulève un autre point : « Il est important d’avoir ce genre de musée dans nos villes. Avec ce type d’expositions, on comprend qu’il est important d’avoir des objets de tous les horizons pour aborder le sujet du vivre-ensemble. Les personnes qui viennent visiter sont curieuses et désirent en apprendre plus sur ces sujets. »
« Ce musée est un musée de société »
Au-delà de leur vocation à faire réfléchir sur la vitalité de l’art contemporain africain et sur les mobilités culturelles dans le monde, ces deux expositions ont, aux yeux de Marie-Line Therre, une fonction supplémentaire : « [Nous sommes] aussi questionnés sur le beau. » Ces différentes peintures, sculptures, photos ou encore objets sont aussi esthétiques. Chacun possède son message, sa technique de fabrication qui le rend unique.
Chaque époque projette un regard singulier sur les cultures. Dans les années 1920, lorsque le musée des Arts d’Afrique et d’Asie de Vichy a vu le jour, le regard porté sur les cultures de ces continents par une France encore impériale, imposant sa domination du Sénégal à Madagascar et jusqu’à l’Indochine, était très différent de celui qui prévaut aujourd’hui. Sa directrice résume ainsi la définition actuelle de sa mission : « Ce musée est un musée de société. On parle de l’humain à travers différentes cultures. Nous poussons le visiteur à se faire sa propre réflexion. »
Elle insiste sur l’importance de conserver et de raconter l’histoire de ces œuvres et objets, symboles d’un monde et d’une culture en perpétuel mouvement, avant de conclure : « Il y a une seule humanité avec un nombre infini de particularités. C’est le sens de l’universel mélangé à un grand nombre d’influences. » Les deux expositions seront disponibles à la visite jusqu’au 1er novembre 2026.
Baptiste Magat