Épisode 5 – La gauche stéphanoise en quête d’union face à une droite fragmentée

Par Baptiste MAGAT

À Saint-Étienne, les récentes condamnation et incarcération de l’ancien maire Gaël Perdriau ont morcelé la droite. Une opportunité pour la gauche qui, face à ce contexte, tente d’unir ses forces.

Façade de la mairie de Saint-Étienne.
Le climat politique complexe de Saint-Étienne suscite de nombreux doutes quant aux résultats des élections municipales. Crédit : Baptiste Magat

Incarcéré depuis le 7 janvier 2026, l’ex-maire de Saint-Étienne Gaël Perdriau (ex-Les Républicains), condamné à cinq ans de prison et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire et application immédiate pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics, laisse derrière lui une droite divisée. Depuis fin 2025, on sait qu’à droite ce ne sera pas « un pour tous et tous pour un » dans la course à la mairie de Saint-Étienne.

Entre ceux qui veulent faire table rase du passé sulfureux des années Perdriau et ceux qui défendent le bilan de l’ancien maire, les valeurs s’entrechoquent et les listes se multiplient. Cette division pourrait bien profiter à la gauche qui cherche à resserrer ses rangs. Socialistes et écologistes se sont regroupés en une liste unique, portée par Régis Juanico (PS), ce n’était pas arrivé depuis 2001.

« J’ai ouvert la porte autant que j’ai pu mais ça n’a pas suffi »

Les divisions partisanes ont rarement une issue favorable pour les tendances concernées. En 2008, Michel Thiollière (Union pour un mouvement populaire) en avait fait l’expérience, perdant son fauteuil de maire au profit de Maurice Vincent (PS). Le même schéma pourrait-il se reproduire 18 ans plus tard ? Michel Thiollière l’a affirmé dans une interview accordée au Progrès de Saint-Étienne mi-janvier 2026 : « Cette division me semble dangereuse. »

Et pour cause. Deux des quatre listes de la droite et du centre découlent directement de l’héritage Perdriau, celle de Siham Labich (ex-Modem) et celle de Marc Chassaubéné (Divers droite). Ce dernier avait annoncé sa candidature le 23 décembre 2025, soutenue par Jean-Pierre Berger, prédécesseur de Gaël Perdriau et maire par intérim de Saint-Étienne. Siham Labich, aspirant à d’autres perspectives, a annoncé sa candidature trois semaines plus tard, le 12 janvier 2026. Un passé commun mais un futur bien différent qui pourrait amener à une dilution des voix de droite.

« Jai ouvert la porte autant que jai pu mais cela na pas abouti », affirme Marc Chassaubéné en évoquant les nombreuses discussions entre Siham Labich et lui-même. « Évidemment que cette division est un risque, mais je ne vais pas mexcuser d’être soutenu. Cest très regrettable. Je me sens démuni face à cette situation », continue le candidat de la majorité sortante. Pour Marc Chassaubéné, « laffaire [Perdriau, ndlr] na pas joué sur cette division [de la droite]. Je dirais plutôt que cest une question dambitions personnelles ».

« Aujourd’hui, cette étiquette est autant un atout qu’un désavantage »

Dans cette fracture, une caractéristique unit les deux candidats : le soutien à l’ancien maire. Même s’ils se revendiquent tous deux sans étiquette, celle de Perdriau risque de les suivre durant les élections, jusque dans les urnes. « Aujourdhui, cette étiquette est autant un atout quun désavantage, affirme le premier adjoint au maire. Certains électeurs veulent une continuité, car le travail qui a été fait durant ces douze années a été bon. Lhéritage est extrêmement bénéfique. »

À la tête des deux autres listes de droite et de centre-droit, Dino Cinieri (Union de la droite et du centre), député et ancien maire de Firminy, et Éric Le Jaouen (Horizons), ex-patron départemental du Medef, plus éloignés de l’ex-maire de la ville, complètent le panorama électoral.

« L’affaire de la sextape a joué un rôle »

Dans le camp d’en face, l’heure n’est plus à la division, mais bien à l’élaboration d’un projet commun. Pour Isabelle Dumestre, conseillère municipale et porte-parole de la liste portée par Régis Juanico, les écologistes et les socialistes savaient que « cette alliance était nécessaire ». « Cest un travail de plus dune année. Nous avons un projet commun et étant donné le contexte, notamment la montée de lextrême droite, il était plus judicieux de sunir pour faciliter le passage dun programme, affirme-t-elle. Nous voulons tourner la page avec un projet alternatif progressiste. »

La militante confirme que « laffaire à la sextape a joué un rôle » dans cette union : « Beaucoup de Stéphanois ne veulent plus en entendre parler. Cest une affaire très grave, notamment lorsquon évoque le détournement de fonds publics. » Un des faits marquants reprochés à Gaël Perdriau est l’utilisation d’un enregistrement vidéo des ébats sexuels de son premier adjoint avec un prostitué homosexuel, filmés à l’insu de ce dernier, pour le faire chanter.

Des désaccords entre l’union de la gauche et LFI

La liste de Régis Juanico n’est cependant pas l’unique à gauche. Les Insoumis ont décidé de présenter leur liste seuls, sous la direction de Valentine Mercier. « Il est plus difficile de sunir avec LFI. Nous avons envisagé de travailler ensemble mais il y a trop de différends au niveau des programmes, affirme Isabelle Dumestre. Nous ne sommes pas arrivés à nous mettre daccord. Ce sera aux électeurs de départager. » Le constat est partagé par Ulysse Hammache, co-directeur de la campagne des Insoumis. « Nous avions des désaccords, notamment sur différents points des programmes et la manière de mener la primaire », confirme-t-il.

Tout comme la porte-parole de la liste de Régis Juanico, Ulysse Hammache juge le contexte actuel « profitable » et affirme « être confiant ». « Il y a une vraie possibilité pour la gauche de lemporter. Que cela soit une gauche daccompagnement (en référence à l’union de la gauche) ou une gauche de rupture (LFI), estime-t-il. Si La France insoumise venait à passer au second tour, nous appellerons à lunion de la gauche pour engager des discussions et vice-versa. Si le PS et les écologistes sont en tête, nous attendrons leur appel pour envisager des discussions. » En plus de ces deux listes à gauche, celle de Romain Brossard pour Lutte ouvrière sera aussi de la partie.

À l’approche des élections, le climat politique reste très incertain tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Une chose est sûre, des pourparlers seront engagés si un passage au second tour se profile. Des élections municipales basées sur des fractures et des compromis qui rendent très imprévisible le mois à venir.

Baptiste Magat