Épisode 3 – Dans le Cantal, une liste RN pour la première fois aux municipales

Par Benjamin TERRIE

Pour la première fois dans l’histoire du Cantal, le Rassemblement national sera présent aux élections municipales. Sa liste est portée par Cindy Rodier, jeune élue au département, qui entend bousculer le maire sortant de la petite commune de Saint-Georges, en place depuis 1995.

La mairie de Saint-Georges, dans le Cantal.
Le Rassemblement national pourrait accéder à la mairie de Saint-Georges, une première dans le Cantal. Crédit : Sonia Reyne

Ça y est, le Rassemblement national part à la conquête du Cantal. Pour la première fois dans l’histoire du département, une liste RN est présentée aux élections municipales. À Saint-Georges, village de 1.200 habitants en périphérie de Saint-Flour, Cindy Rodier est déterminée. L’étudiante en communication de 22 ans explique qu’elle a « toujours voulu servir l’intérêt général ». Cela fait trente ans que le maire Jean-Jacques Monloubou est élu, la candidate RN veut désormais proposer une alternative « pour que les habitants aient le choix entre 30 années sous la conduite du même maire et du renouveau avec une équipe qui est complètement nouvelle ».

Pour l’intéressé, il s’agit d’une première à double titre. Parce que c’est le RN, mais aussi parce qu’il n’a jamais eu à affronter une liste concurrente. « Je pense que c’est en partie parce qu’il est difficile de constituer une liste paritaire, notamment de trouver suffisamment de femmes candidates », commente Jean-Jacques Monloubou. Pourtant la liste de Cindy Rodier semble s’être constituée rapidement, sans trop de difficultés. La militante RN a réuni sept hommes et sept femmes, « de tous âges et de tous les milieux ».

« Je n’avais pas envie d’être hypocrite »

Malgré son appartenance politique, Cindy Rodier précise que tous les colistiers ne sont pas adhérents au parti – ces derniers constituent même une minorité. Mais il y a quand même des accointances : « Je me suis engagé avec Léo Mezhoud, qui est délégué départemental. Lui, il a vraiment l’étiquette Rassemblement national. Après on a un couple qui était anciennement adhérent et qui n’a pas encore repris son adhésion. On partage les mêmes idées, les mêmes valeurs. »

Donc il y aura des élus sur la liste RN sans qu’ils aient l’étiquette RN ? Cindy Rodier confirme : « Exactement. Pour moi c’était important de partir RN parce que ce sont mes convictions et je n’avais pas envie d’être hypocrite. Mais ceux qui nous suivent, ce sont des gens qui ont juste envie de s’engager pour leur commune. »

Malgré sa volonté de « ne pas commenter les candidatures des uns et des autres », le maire sortant de Saint-Georges confie que les personnes qui composent cette liste sont peu connues dans la commune. « Je ne les avais jamais vues participer aux animations ou aux manifestations locales. Elles sont arrivées récemment et ne se sont pas vraiment engagées dans la vie communale. »

Une terre de tradition face au choc des générations

Selon Jean-Jacques Monloubou, la liste RN « s’appuie davantage sur les résultats des dernières élections nationales que sur une réalité locale ». Historiquement, il y a toujours eu un noyau « d’environ 65 électeurs votant pour l’extrême droite »,à chaque scrutin, détaille-t-il.

L’émergence de cette liste à Saint-Georges marque tout de même une rupture symbolique dans un département resté, jusqu’ici, hermétique à l’extrême droite lors des scrutins locaux. Le Cantal, terre de socialisme puis de gaullisme social, a toujours privilégié les figures locales aux étiquettes partisanes nationales. Mais cela semble changer. Si Jean-Jacques Monloubou analyse le vote RN comme un « vote de sanction lié à des déceptions nationales », Cindy Rodier y voit un socle de légitimité. Pour elle, le score du candidat RN Gilles Lacroix lors des élections législatives à Saint-Georges (50 %) n’est pas un hasard. Là où le maire sortant s’appuie sur une légitimité historique, son opposante mise sur une implantation idéologique décomplexée.

Quelles seront les priorités du RN dans un village de 1200 habitants ?

Quand on évoque son programme, la candidate RN répond d’abord proximité et écoute. « Notre priorité, surtout, c’est que des habitants se sentent écoutés que la mairie soit capable de répondre vraiment à leurs attentes », déclare Cindy Rodier. Selon elle, après 30 ans de gouvernance, « les habitants ont le sentiment que tout se fait loin d’eux », avant d’ajouter qu’« il n’y a pas de réelles avancées ni de projets structurants pour la commune et pour son rayonnement ». La militante RN reconnaît malgré tout des qualités au bilan de Jean-Jacques Monloubou : « On ne peut pas tout critiquer. Aujourd’hui, il y a une gestion de la commune au niveau fiscal plutôt correcte, la commune n’est pas endettée et plutôt bien gérée. »

En face, le maire actuel dégaine son bilan : « La population a augmenté de 30 %, nous avons mené de nombreux projets d’urbanisme, et récemment adopté un plan local d’urbanisme intercommunal qui privilégie la construction dans les villages existants tout en préservant les terres agricoles. On a trouvé un bon équilibre, avec très peu de tensions entre habitants et agriculteurs. »

Jean, un habitant de la commune qui a toujours voté au centre, ne s’interdit pas de voter pour la liste du Rassemblement national. « Aux municipales, pourquoi pas. Cela fait des années que la même personne est réélue et je ne vois pas de changement, hormis la création d’une zone commerciale, il faut que ça change. »

Deux visions, deux méthodes de communication

La confrontation ne se joue pas seulement sur les idées, mais sur la manière d’occuper l’espace public. À 22 ans, Cindy Rodier utilise ses compétences professionnelles de chargée de communication pour faire face à la présence plus traditionnelle du maire sortant. Alors que la communication de la municipalité actuelle semble quasi inexistante sur internet, la candidate RN sature les réseaux sociaux. « On ne peut plus faire sans », explique-t-elle, en y voyant le moyen d’informer instantanément les 43 hameaux de la commune. En face, Jean-Jacques Monloubou défend sa méthode : le numéro de portable accessible à tous et la discussion spontanée.

Malgré une présence numérique très importante, Cindy Rodier multiplie les séances de porte-à-porte intensif dans les hameaux. Elle joue sur le contraste : la vitalité de la jeunesse face à une gouvernance qu’elle juge essoufflée par trente ans de pouvoir.

Deux visions du quotidien

Loin de la politique nationale, c’est sur le terrain du quotidien que la bataille fait rage. Cindy Rodier a identifié un point de friction majeur : l’état de la voirie. Elle rapporte des témoignages d’agriculteurs et d’habitants exaspérés par du matériel cassé. Jean-Jacques Monloubou, de son côté, plaide la force des choses. Il reconnaît des retards, mais les impute à la crise du Covid et à la raréfaction des entreprises de travaux publics. Il voit une lecture déformée de la réalité dans les discours de sa concurrente : « Les gens ne viennent pas se plaindre, il n’y a pas de tensions, pas d’insécurité notable. Le cadre de vie est serein. »

Les ambitions politiques de Cindy Rodier ne s’arrêtent pas aux municipales. En effet, la candidate, déjà engagée aux Rassemblement national de la jeunesse (RNJ), est deuxième sur la liste « cocarde patriote » pour les élections du CROUS de Clermont-Ferrand. Le syndicat étudiant se veut « l’alternative patriote face au gauchisme militant et au libéralisme apatride », selon son site internet. L’association, soutenue à ses débuts par Jean-Philippe Tanguy, Nicolas Dupont-Aignan, Sarah Knafo et Jordan Bardella, est connue pour de nombreux faits de violences. Cependant, le syndicat n’a encore jamais obtenu de siège lors des résultats nationaux des élections du CROUS.

Désormais, l’enjeu des élections municipales dépasse les limites de Saint-Georges. Si la liste de Cindy Rodier réussit son pari, celle-ci pourrait bien servir d’exemple pour le Rassemblement national dans d’autres communes rurales du département.

Benjamin Terrié