Épisode 4 – La gauche réussira-t-elle à revenir à la tête de la mairie de Cusset ?

Par Hanaé MITTEAU

À Cusset, la droite est solidement installée à la tête de la mairie depuis 2014, Jean-Sébastien Laloy dirigeant la ville sans véritable opposition capable d’inverser le rapport de force électoral. Pourtant, à l’approche des élections municipales de 2026, la question d’un possible retour de la gauche, unie, commence à émerger dans le débat local.

Brice Mollier, élu d'opposition de la gauche, debout face au kiosque du fer à cheval à Vichy.
Brice Mollier, élu d’opposition de la gauche. Crédit : Hanaé Mitteau

Pendant longtemps, le cœur de Cusset a penché plutôt à gauche, sans jamais se donner totalement aux communistes ou aux socialistes. Entre 1945 et 2014, la ville de 13 000 habitants au cœur du bassin vichyssois a été administrée pendant 45 ans par la gauche, pendant 24 ans par la droite. Depuis 2014, la maire sortant (Les Républicains), Jean-Sébastien Laloy, qui a d’ores et déjà annoncé son intention de se représenter lors des élections municipales de 2026, semble fermement tenir sa commune de ce côté-ci de l’échiquier politique. Mais on commence aussi à parler d’un retour du balancier.

Si la droite l’a emporté en 2014, après 14 ans de gestion municipale communiste, c’est dans un contexte de fortes divisions à gauche, les deux listes de cette mouvance totalisant près de 47 % des voix (27 % pour l’une et 20 % pour l’autre). Un score élevé qui laisse entrevoir une alternative possible, mais que la dispersion des voix empêche de se concrétiser.

Lors de son premier mandat (2014-2020), Jean-Sébastien Laloy s’est inscrit dans une logique de gestion et de continuité. Sa majorité a mis en avant la maîtrise budgétaire, le développement économique et l’attractivité de la commune. Ce premier mandat a permis au maire de s’installer durablement dans le paysage politique local et de consolider sa base électorale.

En 2020, il a été largement réélu dès le premier tour des élections municipales. Sa liste a recueilli environ 70 % des suffrages exprimés, ce qui lui a permis d’obtenir 29 des 33 sièges du conseil municipal. Un score écrasant, qui a réduit considérablement la place de l’opposition. En face, la gauche se présentait à nouveau divisée. Deux listes, « Cusset en commun » et le « Collectif écocitoyen », ont obtenu des résultats modestes, autour de 15 % chacune, leur permettant de glaner deux fois deux sièges de conseillers municipaux.

Un second mandat marqué par la crise sanitaire et les débats sécuritaires

Le second mandat de Jean-Sébastien Laloy s’est ouvert dans un contexte inédit, celui de la crise sanitaire liée au Covid-19. Le scrutin de 2020 s’est tenu dans un climat d’inquiétude généralisée, aboutissant à une participation particulièrement faible, un élément que l’opposition ne manquera pas de souligner par la suite. Malgré son score élevé, le maire sortant est élu avec environ 26 % des électeurs inscrits.

Durant ce second mandat, plusieurs projets sont menés en matière d’urbanisme et d’équipements municipaux, tandis que la question de la sécurité prend une place croissante dans l’action municipale. L’extension des missions de la police municipale et l’installation de caméras de vidéosurveillance suscitent régulièrement des débats au conseil municipal. Ces choix sont assumés par la majorité, qui met en avant la nécessité de répondre aux préoccupations des habitants, mais sont critiqués par l’opposition de gauche, qui dénonce une politique jugée trop sécuritaire, au détriment de la prévention et de la médiation.

Une opposition minoritaire mais active

Dans ce contexte, le rôle de l’opposition municipale reste limité par le rapport de force issu des urnes. « Dans l’opposition, la capacité de proposition est assez frustrante », explique Brice Mollier, élu d’opposition au conseil municipal et conseiller communautaire. Très minoritaire, l’opposition se concentre principalement sur un rôle de vigilance et d’alerte face aux décisions de la majorité.

Ces dernières années, la gauche s’est notamment mobilisée contre la hausse des tarifs des services publics, comme ceux de la cantine scolaire ou de l’eau, mais aussi contre le déplacement de l’épicerie solidaire hors du centre-ville. Elle a également critiqué l’extension des missions de la police municipale, défendant une conception plus sociale et préventive de la sécurité.

Au niveau intercommunal, le rapport de force apparaît toutefois plus favorable. Brice Mollier souligne avoir obtenu certaines avancées concrètes, notamment une revalorisation salariale d’environ 5 % pour les éducateurs, après avoir alerté sur la faiblesse des rémunérations et le manque d’attractivité des postes

Une domination expliquée par la division et l’abstention

Pour l’homme à la tête de l’opposition, la domination durable de la droite à Cusset s’explique avant tout par les errances de son propre camp. « Quand on regarde les scores électoraux, la cause principale est clairement la division de la gauche », affirme-t-il. Selon lui, l’addition des voix lors des précédents scrutins aurait pu permettre une réelle alternance.

L’abstention constitue un autre facteur déterminant. Cusset, comme de nombreuses communes, est marquée par une démobilisation électorale importante, en particulier chez les jeunes et les classes populaires. À l’inverse, l’électorat de droite apparaît plus stable et plus enclin à se déplacer aux urnes.

L’union de la gauche comme condition du retour

À l’approche des municipales de 2026, la gauche cussetoise affirme avoir tiré les leçons du passé. Les différentes forces de gauche, rejointes par des citoyens non engagés, ont progressivement appris à travailler ensemble, que ce soit lors des conseils municipaux, des mobilisations sociales ou des élections intermédiaires. L’objectif est désormais de présenter une liste unique pour éviter de reproduire les erreurs de 2014 et 2020. « Quand on se pose la question, c’est forcément pour gagner », affirme l’élu d’opposition.

Cette union, composée de socialistes, communistes, écologistes, insoumis et membres du NPA, s’appuie sur plusieurs axes : la défense des services publics locaux, la cohésion sociale, le renforcement de la démocratie locale, l’attractivité économique et culturelle, ainsi qu’une prise en compte transversale des enjeux écologiques. Parmi les propositions avancées figurent la création d’un centre de santé municipal avec des médecins salariés, la mise en place d’un budget participatif, la réouverture estivale de la piscine municipale ou encore un soutien renforcé aux associations locales.

Une alternance encore incertaine

Reste un enjeu majeur : la mobilisation des abstentionnistes. Pour la gauche, convaincre celles et ceux qui ne votent plus constitue la clé d’un possible basculement. La stratégie envisagée repose sur un travail de terrain, la rencontre avec les habitants et le rapprochement des bureaux de vote.

Dans une ville où Jean-Sébastien Laloy bénéficie d’une forte notoriété après deux mandats successifs, la reconquête de la mairie par la gauche apparaît encore incertaine. Mais l’union retrouvée et la volonté affichée de proposer une alternative crédible pourraient, à l’approche de 2026, rebattre les cartes du paysage politique cussetois.

Hanaé Mitteau