Épisode 1 – Frédéric Aguilera : portrait d’un maire bien placé pour être réélu
Par Lily BARBARO
Solidement installé à la tête de Vichy depuis 2017 sous les couleurs du parti Les Républicains, Frédéric Aguilera vise une nouvelle réélection en 2026. De la passation de pouvoir par son mentor Claude Malhuret à l’entrée de Vichy au patrimoine mondial de l’UNESCO, retour sur le bilan du maire sortant.

Maire de Vichy depuis octobre 2017, réélu largement en 2020 avec plus de 74 % des suffrages, Frédéric Aguilera a annoncé lundi 2 février qu’il se présenterait lors des municipales 2026. Pourtant, derrière ce statut de maire solidement installé, son parcours, son bilan et les critiques qu’il suscite dessinent un portrait nuancé.
Adjoint au maire à 20 ans
Né le 10 avril 1975 à Clermont-Ferrand, Frédéric Aguilera s’engage très tôt pour son territoire. Dès l’adolescence, il participe à la vie associative locale, notamment autour de la jeunesse. Il est d’ailleurs à l’origine de la création du Point Information Jeunesse, une structure d’écoute et d’accompagnement pour les jeunes, qu’il continue de diriger.
Cette implication le conduit à se présenter dès 1995 aux élections municipales de Cusset. À seulement 20 ans, il devient premier adjoint au maire après la victoire de son parti, avant d’être nommé vice-président du nouveau district Vichy-Cusset-Bellerive. C’est en quelque sorte à ce moment que sa carrière débute.
L’héritier de Claude Malhuret
En 2008, Frédéric Aguilera fait son entrée dans la majorité vichyssoise lorsque Claude Malhuret, ancien maire de Vichy et ancien ministre, lui propose d’intégrer sa liste aux municipales. Il est alors élu adjoint aux travaux et à l’urbanisme. Aménagement des berges et des parcs en rive droite de l’Allier, rénovation du cœur de ville (rue de Paris, parvis de l’église Saint-Louis, passage de l’Amirauté, rue Foch), ou encore restructuration des écoles sont des projets que le jeune adjoint a pilotés.
En 2014, le politicien devient vice-président de Vichy Communauté en charge des finances, des ressources humaines et de la mutualisation. Parallèlement, il poursuit une carrière politique à plusieurs niveaux. En effet, il est élu conseiller départemental du canton de Vichy-2 avec 70,46 % des voix face au Front national, puis premier vice-président du Conseil départemental de l’Allier jusqu’en 2021. Au niveau de la région Auvergne, Frédéric Aguilera est élu conseiller régional en 2012 sur la liste de Laurent Wauquiez et devient vice-président chargé des transports.
Reconnaissance internationale
Depuis que Frédéric Aguilera est devenu maire, en 2017, en remplacement de Claude Malhuret en raison des règles de non cumul des mandats, de nombreux projets ont vu le jour. En effet, en 2021, la ville de Vichy est entrée sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette reconnaissance internationale a donné à la cité balnéaire plus de visibilité et favorisé l’arrivée d’investisseurs, notamment dans l’immobilier.
Malgré la crise sanitaire liée au COVID, la municipalité a bénéficié de crédits exceptionnels et du programme « Action cœur de ville », permettant la rénovation d’anciens hôtels et du patrimoine du centre-ville. Les aménagements urbains renforcent cette impression de dynamisme : rénovation réussie du parc des Sources, requalification des rives de l’Allier désormais très fréquentées, modernisation de la médiathèque, ouverture accrue de l’Opéra aux habitants. Les infrastructures sportives font également l’objet d’investissements massifs (CREPS, tennis-padel, aviron), illustrant une politique volontariste assumée.
Des aménagements revendiqués
Mais ce bilan s’accompagne aussi de zones d’ombre. Selon Simon Rotig, animateur d’un blog sur la politique bourbonnaise dans le « Club Médiapart », la rénovation du parc des Sources, saluée sur le plan esthétique, a été menée au prix de procédures contestées sur le plan environnemental, notamment l’abattage de marronniers opportunément déclarés malades.
Le rachat du domaine thermal à l’État, effectué en 2021, soulève par ailleurs des interrogations sur la capacité de la collectivité à gérer cet ensemble stratégique sur le long terme, dans un contexte de manque de transparence dénoncé par l’opposition. De même, le coût élevé de certains projets comme la rénovation du pont-barrage, la politique sportive, des vidéosurveillances très développées interrogent sur leur soutenabilité financière.
Une opposition affaiblie
Alors que les élections municipales approchent à grands pas, l’Union des gauches vichyssoise a lancé sa campagne place du Grand Marché mercredi 28 janvier à Vichy.
Cette liste d’union est menée par Hussein Bonaud, de La France insoumise (LFI), soutenu par le Parti communiste français (PCF) et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Pour la tête de liste Hussein Bonaud, « Vichy a tort d’être à droite, car la municipalité de Vichy demande à être à gauche ». « On a l’illusion qu’on vit dans une banlieue parisienne riche alors qu’on vit avec un taux de précarité largement supérieur à la moyenne nationale », argumente le candidat.
Les écologistes et le Parti socialiste peinent pour leur part à s’organiser, le Rassemblement national est quasi invisible et manque de cadres, tandis que le centre peine à émerger. Une liste d’extrême droite soutenue par Reconquête et l’Union des droites pour la République (UDR), ainsi que certains dissidents des Républicains, a cependant vu le jour. Elle est menée par Grégory Chambon.
Cette faiblesse de l’opposition nourrit l’idée que Frédéric Aguilera pourrait être réélu sans réelle difficulté et devrait une nouvelle fois disposer d’une majorité conséquente au conseil municipal. Une situation que déplore le principal candidat de gauche. « L’opposition de Vichy n’a jamais eu l’opportunité de s’exprimer en tant que force d’opposition, elle a été ignorée en vertu de l’écrasante majorité municipale », souligne-t-il.
Une potentielle réélection
L’actuel maire, Frédéric Aguilera, promet un «acte II » à ses habitants vichyssois. Il a, lors du lancement officiel de sa campagne, annoncé dix grands défis et plus de 120 projets pour la ville de Vichy. Parmi les challenges : l’accès aux soins, assurer la sécurité du quotidien et construire le thermalisme du XXIᵉ siècle. S’il semble aujourd’hui solidement installé, une question demeure : son modèle de développement, fondé sur l’attractivité et l’investissement massif, ne va-t-il pas lui porter préjudice ? Pour le Parti communiste français, « il faut une municipalité qui ne s’intéresse pas seulement aux classes moyennes et supérieures ». Et de conclure : « Les Vichyssois ne sont pas impliqués dans la vie de leur ville, ils subissent des décisions. »
Malgré de multiples sollicitations, le maire n’a pas souhaité répondre aux questions de L’Effervescent.
Lily Barbaro