Épisode 3 – Le centre droit et la droite face à l’enjeu du renouvellement
Par Lalie BORDRON
À l’approche des élections municipales, la droite modérée du département entre dans une phase décisive. Entre contraintes budgétaires, attentes nouvelles des électeurs et difficultés à renouveler les équipes locales, ce scrutin pourrait redessiner durablement les équilibres politiques bourbonnais.

Longtemps, les équilibres politiques de l’Allier ont reposé sur une alternance marquée entre bastions de gauche, notamment dans les anciens territoires industriels autour de Montluçon ainsi que dans le « bocage rouge », d’une part, et d’autre part les villes de l’est du département et les zones rurales plus conservatrices, où le centre et la droite ont progressivement consolidé leur implantation municipale. Mais désormais, les trois principales villes du département sont dirigées par des équipes de droite, illustrant la recomposition progressive du paysage politique bourbonnais.
Dans les communes, surtout celles de petite taille, la figure du maire demeure centrale, bien au-delà des appartenances partisanes affichées lors des élections nationales. Cette spécificité locale est rappelée par Claude Riboulet, président Union des démocrates et indépendants (UDI, centre-droit) du Conseil départemental de l’Allier : « D’expérience, les municipales sont découplées des enjeux nationaux. C’est une élection peu impactée par les enjeux ou les étiquettes nationales. »
Un ancrage local solide, mais soumis à de nouvelles tensions
Dans l’Allier comme ailleurs, le scrutin municipal repose donc avant tout sur la gestion quotidienne : entretien des routes, maintien des écoles, attractivité des centres-bourgs, accès aux soins ou encore dynamisme associatif. Pourtant, à l’approche des prochaines élections, prévues dans un mois, le centre-droit et la droite abordent cette échéance dans un climat plus incertain que lors des cycles précédents.
La recomposition politique nationale, la pression sur les finances locales et l’évolution des attentes citoyennes bousculent les certitudes. Depuis plusieurs mandats, les formations de centre et de droite, souvent regroupées sous l’étiquette « divers droite » lors des municipales, disposent d’un réseau dense de maires et d’élus intercommunaux dans les territoires ruraux et périurbains de l’Allier. Leur implantation repose sur des équipes locales anciennes, parfois reconduites sur plusieurs décennies, et sur un discours centré sur la proximité, la gestion prudente des finances publiques et la défense des services essentiels.
Mais cette stabilité est aujourd’hui mise à l’épreuve par plusieurs facteurs. D’abord, la lassitude de certains élus confrontés à une charge administrative croissante. Ensuite, la difficulté à susciter de nouvelles vocations dans les villages. Enfin, la montée de préoccupations nouvelles chez les électeurs, dans un contexte économique et politique plus tendu.
À quelques semaines du scrutin, Nicolas Ray, député Les Républicains du département, observe ainsi un déplacement des priorités citoyennes : « Les enjeux de ces municipales seront principalement basés sur la sécurité, la santé et les transports. » Des thèmes qui, selon lui, pèseront lourd dans l’isoloir, en particulier dans les communes rurales, où la fermeture de cabinets médicaux, la rareté des transports collectifs ou le sentiment d’insécurité alimentent les débats locaux. Le parlementaire ajoute : « Sécurité, parce qu’on le veuille ou non, il y a une montée de l’insécurité aujourd’hui en France, même si dans l’Allier on est plutôt épargné. »
Le budget, nouveau sujet central des campagnes municipales
À ces préoccupations s’ajoute désormais une thématique longtemps restée en arrière-plan : celle des finances communales. Bruno Rojouan, sénateur LR de l’Allier, insiste sur ce basculement récent, directement lié au contexte national et aux contraintes budgétaires pesant sur les collectivités. « Avant, on ne gagnait pas une élection en parlant budget. Aujourd’hui, je crois que ce serait une erreur de ne pas en parler dans le cadre d’une campagne municipale, quel que soit le bord politique de la commune », souligne-t-il.
Hausse des coûts de l’énergie, inflation sur les travaux publics, normes accrues, marges de manœuvre réduites : les candidats doivent désormais détailler leur capacité à maintenir les services tout en maîtrisant les dépenses. Une évolution qui oblige le centre-droit à adapter son discours traditionnel de gestion rigoureuse à des réalités économiques plus contraignantes.
Renouvellement des maires : un défi croissant dans les villages
Autre fragilité : la constitution des listes électorales, particulièrement dans les petites communes rurales. Bruno Rojouan décrit un phénomène de plus en plus fréquent : « Aujourd’hui, ce sont surtout de très petites communes où la situation est la plus délicate. Constituer une liste y est déjà compliqué, et selon les informations dont je dispose, une dizaine de communes n’ont pour l’instant aucun candidat déclaré. Dans ces villages, les élections se préparent souvent au dernier moment, mais cela montre que certaines équipes peinent à se former. »
Un constat partagé par de nombreux élus locaux, confrontés à la complexité croissante des responsabilités municipales et à la faible attractivité financière de la fonction. Le centre et la droite, très implantés dans ces territoires, se retrouve ainsi en première ligne face à la nécessité de renouveler ses cadres locaux sans fragiliser ses bastions.
Sur le bassin vichyssois, toutefois, la situation apparaît plus stable. Nicolas Ray, qui multiplie les rencontres avec les édiles, indique que la plupart des maires devraient se représenter, signe d’une continuité dans plusieurs communes clés. Le maire de Moulins en revanche, Pierre-André Périssol, à la tête de la ville depuis 30 ans, a annoncé qu’il ne se représenterait pas, mais qu’il formerait un tandem avec la tête de liste pressentie, ouvrant ainsi une période d’incertitude politique dans la préfecture du département.
Un centre présidentiel en retrait dans l’Allier
À côté des Républicains et des élus de centre-droit traditionnels, les formations issues du camp présidentiel apparaissent aujourd’hui peu visibles dans l’Allier à l’approche des municipales. Selon Mathias Bernard, politologue et président de l’Université Clermont Auvergne, ces forces sont désormais souvent absorbées par des listes plus larges : « Contrairement à 2020, les macronistes n’existent plus vraiment qu’à travers des listes LR, dans lesquelles ils sont en quelque sorte dilués. »
L’universitaire rappelle que la dynamique du « bloc central » avait déjà montré ses limites lors du précédent scrutin municipal, marqué par l’absence de conquêtes locales et par des alliances conclues au second tour avec la droite. Une faiblesse qui, selon lui, tient à la nature même des municipales : « Ce courant fonctionne surtout lors des élections nationales, beaucoup moins sur des enjeux locaux. »
Dans un département comme l’Allier, où l’ancrage territorial et la notoriété des équipes municipales pèsent lourd, ce retrait du centre présidentiel contribue à renforcer la position des forces de centre-droit et de droite traditionnelles dans la recomposition politique actuelle.
Face au RN, une concurrence surveillée de près
Dans plusieurs territoires de l’Allier, la progression du Rassemblement national constitue un paramètre que le centre et la droite ne peuvent ignorer à l’approche des municipales. Sans dramatiser, Nicolas Ray reconnaît une présence accrue de cette formation dans certaines communes, notamment dans les villes moyennes et les zones périurbaines. Pour le député, cette dynamique traduit en partie un vote de contestation, nourri par les inquiétudes liées au pouvoir d’achat, à la sécurité ou au sentiment de déclassement dans certains territoires.
Bruno Rojouan adopte, de son côté, une analyse plutôt mesurée de la situation, rappelant que les municipales obéissent souvent à des logiques très locales : « Si la poussée du RN lors des scrutins nationaux est scrutée avec attention, elle ne se traduit pas automatiquement par des conquêtes municipales, notamment dans les petites communes où les enjeux de proximité priment souvent sur les étiquettes partisanes. »
Tous deux s’accordent néanmoins sur un point : la dispersion des voix pourrait modifier certains équilibres locaux, en particulier dans les villes, et imposer au centre-droit et à la droite de renforcer leur implantation de terrain et la lisibilité de leurs projets municipaux.
Lalie Bordron