Varennes-sur-Allier : dix ans de contournement et un centre-bourg qui revit.
Par Thomas NOISEUX
Quelque 1500 camions par jour, presque autant de voitures, et tout cela dans le centre-bourg d’une ville de 3500 habitants. C’est ce qu’ont vécu, pendant près de trente ans, les habitants de Varennes-sur-Allier. Mais depuis 2016, ce ballet incessant appartient au passé. Habitants, commerçants et riverains de l’ancienne Nationale 7 ont retrouvé la tranquillité, tandis que le centre-ville a dû se réinventer. Retour, dix ans plus tard, sur un aménagement qui a changé la vie.

Il y a dix ans, les 3500 habitants de Varennes-sur-Allier découvraient enfin le calme après des années d’attente et de travaux. En 2016, le contournement de la ville est entré en service et les camions ont été contraints d’éviter le centre-bourg. « Très concrètement, pour les administrés, ça a donné à la fois de la tranquillité et de la sécurité. Quand on avait 1 500 véhicules par jour qui passaient en plein centre-bourg et sur une portion parfois à deux sens, c’était compliqué », explique le maire de Varennes-sur-Allier, Roger Litaudon, en fonction depuis 2014. Lui-même habitait sur cet axe avant le contournement. « Le passage incessant des camions, c’est vrai que c’était compliqué à vivre », ajoute-t-il.
Pour détourner le trafic de transit qui traversait jusque-là le cœur de la ville, 4,8 kilomètres de route ont été tracés et 44 millions d’euros investis. Avant cette mise en service, la « route du soleil » reliant Paris à Menton coupait Varennes-sur-Allier en deux, drainant un flux continu de véhicules légers et un nombre important de poids lourds aux nuisances bien visibles. « C’était perturbant aussi parce que ça dégradait la qualité des façades des maisons, et ainsi de suite. Et accessoirement, ça rendait compliqué le stationnement pour les citoyens qui faisaient leurs courses », explique le maire.

Pour les riverains, le contournement a marqué la fin de longues années de nuisances sonores, de pollution et d’insécurité routière. Bruno Bourgeade, habitant de Varennes-sur-Allier depuis plus de soixante ans, se souvient : « C’était infernal avec le bruit, la pollution et des convois exceptionnels qui traversaient aussi, c’était un sacré bazar », explique-t-il.
Un soulagement attendu de longue date
Le maire Roger Litaudon, installé dans la commune depuis 25 ans, rappelle la lente mise en place du projet : « Mon prédécesseur, le jour de l’inauguration, m’a dit qu’on a mis 35 ans. Entre sa première visite au ministère sur le sujet et l’ouverture, il a fallu à peu près 35 ans. C’était un projet de longue date et une vraie volonté. »
Si la déviation a profondément modifié les habitudes de circulation, elle n’a toutefois pas immédiatement réglé toutes les difficultés. Les véhicules lourds doivent désormais emprunter l’ancienne D46 au nord et l’ancienne N209 au sud, avec à chaque extrémité deux ronds-points pour se raccorder à la Nationale 7. Une configuration qui, dans les premiers mois, n’a pas suffi à dissuader tous les poids lourds de traverser Varennes-sur-Allier. Face à ce constat, le maire a pris un arrêté municipal interdisant la traversée du centre-ville aux véhicules de plus de 7,5 tonnes. Une décision assumée, dont les effets se font aujourd’hui clairement sentir.
Une transition délicate pour les commerçants Varennois
L’ouverture du contournement n’a, par ailleurs, pas été sans conséquences pour l’activité économique. Comme dans de nombreuses communes autrefois traversées par la RN7, certains commerçants ont craint une baisse de la fréquentation. « Ça a perturbé au départ parce que forcément, quand vous avez une déviation nouvelle, tout le monde la prend », reconnaît le maire. « Il a fallu que les estivants se réapproprient le passage par le centre-bourg pour pouvoir s’arrêter, faire une pause, faire du commerce, profiter des restaurants, des bars et autres », ajoute l’élu, admettant que « durant environ 18 mois, l’activité a effectivement été plus calme, avant un retour progressif à la normale ».
Khabija Valentin, co-gérante du restaurant Le Dauphin depuis 1990, confirme l’impact mesuré du contournement : « On a bien observé une baisse de la fréquentation, mais c’est rapidement redevenu normal, explique-t-elle. Il y a aussi la clientèle habituée de la N7 qui s’arrête toujours dans les villages, et l’été la clientèle de passage est importante. » Le contournement est vécu comme un véritable soulagement : « On travaille et on habite juste au-dessus de la route, ça nous arrange de ne plus avoir les camions », conclut la restauratrice.
Le label Village étape, levier de dynamisme
Pour accompagner cette transition, la commune a misé sur le label national Village étape, obtenu en 2020. Selon le maire, ses effets sont tangibles : « Il est reconnu que ce type de label fait gagner entre 15 et 20 % de clientèle supplémentaire. » Il précise néanmoins que, « pour que les commerçants puissent avoir des clients, il faut qu’ils aient des horaires d’ouverture et une qualité d’accueil qui soit au niveau de ce qu’on attend ».
Le label repose sur des critères stricts : restaurants, hébergements, commerces variés, services de santé, distributeurs de billets, stationnements ombragés, sanitaires accessibles aux personnes à mobilité réduite, aires de camping-cars et office de tourisme. « C’est une marque nationale », souligne le maire. « Il y a tout le panneautage et toute la communication faite par Village étape nationale sur les 78 villages qui composent cette marque. Et donc ça incite les gens à s’arrêter, à prendre leur repos », explique l’édile.
Les habitants de Varennes-sur-Allier observent pourtant les fermetures successives de commerces depuis une dizaine d’années. À l’image de la pâtisserie Giza ou du restaurant Le Dauphin, aujourd’hui en recherche de repreneurs. « Les commerces ferment parce que les supermarchés, ça les a tués. Tout est dans la zone, maintenant », explique Bruno Bourgeade. « Dans le centre-ville, il reste une boucherie, une boulangerie, mais il n’y a plus d’épicerie dans le centre-bourg », conclut l’ancien enseignant.
Le marché hebdomadaire, en revanche, a retrouvé son attractivité. « Il drainait les populations des 15 ou 20 kilomètres autour de Varennes », rappelle Roger Litaudon. « Le fait qu’il y ait plus de possibilités de stationner et plus de sécurité dans les déplacements a fait que, progressivement, les gens des villages voisins sont revenus à Varennes, où ils avaient l’habitude de faire leur marché », explique-t-il.
Située au centre de la France, Varennes-sur-Allier bénéficie également d’un emplacement stratégique. « On est à 3 h de Paris, à 2 h de Lyon, à 1 h 30 de Bourges », rappelle Roger Litaudon. Deux aires de camping-cars ont été aménagées. « La communauté des camping-caristes se parle beaucoup et la réputation des aires fait qu’il y a plus ou moins de gens qui prennent le temps de leur pause à cet endroit-là », ajoute-t-il.
Sécurité et aménagements, une priorité
La déviation a également permis d’engager des travaux d’ampleur dans le centre-ville, jusque-là impossibles. « Ça aurait été très sportif et très dangereux, reconnaît le maire. Compte tenu du volume des véhicules, et notamment de gros véhicules, ça allait être très compliqué. » La sécurité, notamment aux abords des écoles, reste une priorité. « Même s’il n’y a pas eu, heureusement, d’accidents graves, à un moment il faut anticiper tout ça », explique l’élu.
Aujourd’hui, même les entreprises de transport locales y trouvent leur compte. « C’est pratique de pouvoir contourner le centre-bourg, reconnaît Roger Litaudon. Les entreprises de transport qui sont à proximité du rond-point qui permet de prendre la déviation ont des conditions de confort meilleures qu’avant. »
S’il reste encore quelques poids lourds, notamment pour l’approvisionnement local, le contraste est saisissant. « Je ne vais pas vous dire qu’il y a zéro camion dans le centre-ville, mais ça n’a strictement rien à voir. Ça a amené de la sérénité, de la sécurité, et accessoirement pour l’environnement, beaucoup moins de pollution que ce qui se faisait avant », conclut le Maire.
Thomas Noiseux