Étudiant boursier : peut-on vivre correctement à Vichy ?

Par Maxence BIANCHI

Ville thermale réputée pour son calme et son cadre verdoyant, Vichy attire chaque année plusieurs centaines d’étudiants. Pour les boursiers, souvent contraints à un budget serré, la cité bourbonnaise peut apparaître comme une alternative plus abordable que les grandes métropoles universitaires. Mais derrière l’image d’une ville « moins chère », la réalité du quotidien étudiant révèle des arbitrages constants entre logement, alimentation et mobilité.

Devant l’IUT de Vichy, des étudiants se croisent entre deux cours. Comme eux, chaque année, de nombreux jeunes, dont une grande part d’étudiants boursiers, choisissent Vichy pour poursuivre leurs études, attirés par une ville à taille humaine et un coût de la vie perçu comme plus accessible.
Avec plus d’une centaine de nouveaux étudiants chaque année, dont près d’un sur deux est boursier, Vichy apparaît comme une ville à taille humaine où vivre ses études reste accessible. Crédit : Maxence Bianchi

Lorsqu’on est étudiant et que l’on arrive à Vichy pour s’y installer, la première étape consiste à trouver un logement. Visiter, comparer puis enfin, louer constituent les principales étapes pour accéder à son futur appartement. Le logement, justement, représente le premier poste de dépense pour les étudiants boursiers. À Vichy, les loyers sont globalement inférieurs à ceux des grandes villes universitaires voisines, comme Clermont-Ferrand ou Lyon. De quoi inciter les étudiants aux moyens limités à s’installer dans la ville thermale, mais l’affaire est-elle vraiment aussi avantageuse ?

Trouver un toit quand on est boursier : le premier défi

Bien qu’il n’existe pas de résidence étudiante du Crous à proprement parler, un bâtiment situé à proximité immédiate de l’IUT vichyssois fait office de résidence étudiante. Dans ces résidences, gérées par Vichy Habitat ou par des partenaires du campus, un studio peut coûter entre 225 et 300 euros par mois, charges comprises, une somme qui permet aux étudiants de limiter leurs frais fixes. « Sans la résidence étudiante, je n’aurais jamais pu prendre un appartement seul », témoigne Arthur, 20 ans, étudiant en kinésithérapie. « Tout est compris, je n’ai pas de mauvaise surprise en fin de mois avec des coûts supplémentaires. »

Dans le parc privé, la situation apparaît plus contrastée. Les studios se louent en moyenne entre 440 et 500 euros pour une superficie d’une vingtaine de mètres carrés, voire davantage pour les logements rénovés ou idéalement situés. Pour Clara, boursière à l’échelon quatre, la recherche s’est révélée éprouvante : « On me demandait parfois de justifier de revenus équivalents à trois fois le montant du loyer, ou de fournir un garant que je n’avais pas. Être boursière est souvent perçu comme un avantage. Mais on ne l’est pas par hasard, si l’on en arrive à ce stade, c’est bien que, derrière, les parents ne sont pas riches. »

Près de 400 logements sont recensés via le Service information jeunesse (SIJ) de Vichy, mais la concurrence demeure forte à l’approche de la rentrée, et même dès le mois de juin. Si Vichy reste plus accessible que d’autres villes, l’accès au logement dépend encore largement du niveau de bourse, des aides de la CAF et du réseau personnel de l’étudiant.

Des dépenses quotidiennes sous surveillance

Une fois le logement payé, le budget alimentaire devient un enjeu central. Pour les étudiants boursiers, le restaurant universitaire joue un rôle crucial. Grâce au repas à un euro, instauré par le Crous, certains peuvent ainsi s’assurer au moins un repas complet par jour. « Sans le RU [restaurant universitaire, ndlr], je ne mangerais pas équilibré tous les jours », confie Sofiane, étudiant en BTS tourisme. « Un euro pour une entrée, un plat et un dessert, ça change tout quand on compte chaque dépense », poursuit-il.

En complément, des dispositifs solidaires ont vu le jour. À Vichy, plusieurs frigos partagés, notamment au restaurant universitaire et au SIJ, permettent de récupérer gratuitement des denrées encore consommables. Une initiative essentielle face à l’augmentation continue des prix des denrées alimentaires. En France, les produits alimentaires ont en effet connu une inflation de plus de 12 % en deux ans, une hausse particulièrement ressentie par les jeunes.

Les déplacements constituent une autre contrainte majeure. Si Vichy demeure une ville à taille humaine, la voiture peut rapidement devenir un luxe. Les places de stationnement en centre-ville sont en grande majorité payantes, avec des abonnements mensuels pouvant atteindre 40 euros. La ville n’accordant aucune réduction aux étudiants, ce coût, pourtant souvent nécessaire, devient difficilement supportable pour un étudiant boursier.

« J’ai laissé tomber la voiture, explique Léa, boursière, étudiante en STAPS. Entre l’essence et le stationnement, c’était trop cher. Je fais tout à pied, ou parfois à vélo quand c’est vraiment loin. » Un choix fréquent dans une ville où les distances restent relativement courtes, mais qui peut néanmoins limiter l’accès à certains emplois étudiants ou à des activités situées en périphérie.

Solidarité étudiante et engagement associatif pour compenser les manques

Face à ces contraintes, la solidarité joue un rôle clé. Contactée par L’Effervescent, la Fédération étudiante d’Auvergne précise qu’à Vichy comme ailleurs, des inégalités persistent entre les étudiants. « Même dans une ville réputée abordable, une bourse ne suffit pas toujours à vivre dignement. Cela aide grandement, on ne va pas se le cacher, mais ce ne sera jamais le luxe », souligne Sarah, bénévole. Selon plusieurs enquêtes nationales, près d’un étudiant sur trois déclare sauter régulièrement des repas pour des raisons financières, une réalité que les acteurs locaux s’efforcent de combattre.

Malgré tout, Vichy offre également un cadre de vie apprécié par les étudiants. Ses parcs, les berges de l’Allier et les nombreux événements gratuits, ainsi que la vie associative, permettent de préserver une vie sociale sans dépenses excessives. « On fait autrement, résume Arthur. Des pique-niques, des soirées chez les uns et les autres, des activités gratuites… Ce n’est pas la vie étudiante des grandes villes, mais on arrive à s’en sortir », conclut le jeune homme.

À Vichy, vivre correctement reste possible pour les étudiants boursiers, à condition de ne jamais relâcher la vigilance accordée à la gestion du budget.

Maxence Bianchi