À Varennes-sur-Allier, jouer pour ne pas être isolé
Par Maude FRIQUET
Image fidèle de la démographie bourbonnaise, la petite ville de Varennes-sur-Allier compte un tiers d’habitants de plus de 60 ans. Cette population est exposée, l’âge avançant, au risque de l’isolement. Mais une association cherche à contrer le phénomène : le Chelem varennois.

Si vous vous approchez de l’ancienne salle de l’office du tourisme de Varennes-sur -Allier, un mercredi vers 14 heures, vous entendrez des éclats de voix enjouées et des rires. Si jamais vous prenez la peine d’entrer, de grands sourires vous accueilleront en vous proposant un café. Vous ferez également face à une rafale de bises, comme si vous faisiez partie de cette famille du Chelem varennois depuis toujours.
Une nouvelle association pour se réunir
Créée en mars 2025, l’association présidée par Marc Vidrequin, retraité depuis 13 ans, connaît un franc succès. Ancien électricien et formateur pour des jeunes en études professionnelles, Marc a toujours eu un besoin de transmettre. « J’aime être avec les gens, être entouré », confie-t-il. Avec plus de trente adhérents, ce club de jeu de tarot apporte rire et joie aux habitants mais surtout aux retraités de Varennes-sur-Allier. « L’idée était de casser l’isolement de certaines personnes. Sans ce club, certains resteraient toute la journée devant la télé, explique Marc. On voulait créer notre activité à Varennes et rassembler les gens. »
En effet, les habitants des petites communes, souvent rurales, sont plus touchés par la sédentarité et l’isolement que ceux des grandes villes. D’après une étude de l’association des Petits Frères des pauvres, 9 % des 60 ans et plus vivant dans des communes de moins de 2 000 habitants ne sortent jamais ou moins d’une fois par semaine. Et près de six personnes âgées sur dix dans les zones rurales ne sortent pas tous les jours de chez eux, contre seulement trois sur dix en agglomération parisienne.
Un phénomène d’isolement en hausse depuis quatre ans
Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement a adopté en 2015 une loi sur l’adaptation de la société au vieillissement. Mais l’isolement ne peut pas se briser uniquement en légiférant. Toujours selon les Petits Frères des pauvres, le taux d’isolement des plus de 60 ans progresse en France depuis quatre ans. Le nombre de seniors vivant en situation de « mort sociale » – c’est-à-dire sans jamais ou quasiment jamais voir d’ami, de parent, de voisin ou d’acteur associatif – a progressé de 42%, pour atteindre un record de 750 000 personnes en 2025, contre 300 000 en 2017 et 530 000 en 2021, alerte l’association dans une étude publiée en septembre.
Le fléau peut cependant se combattre localement. Les municipalités, de par leur proximité et leur capacité d’action, sont le premier maillon de la chaîne. « Quand j’ai proposé ce projet, la mairie a tout de suite dit oui et nous a trouvé un endroit pour jouer », explique Marc, le sourire aux lèvres.
Les réunions du Chelem varennois se font tous les mercredis à 13 h 45, un jour et un horaire pas anodins. « On a choisi ce moment pour que les plus jeunes qui n’ont pas école puissent venir jouer avec nous », affirme Marc. Une volonté de créer des liens intergénérationnels qui plaît grandement à certains : « Mon petit fils est le plus jeune du groupe », partage un adhérent avec un grand sourire. Pour Lucien, retraité depuis 15 ans, jouer au tarot lui rappelle ses années étudiantes. « On jouait beaucoup au tarot avec mes amis de l’époque, donc j’ai voulu m’y remettre », explique-t-il. Mais ce n’est pas la seule motivation du retraité : « Je voulais garder une occupation, rencontrer du monde, mais aussi m’amuser ! »
Un moment pour s’amuser mais aussi pour progresser !
Pour autant, pas question d’être un simple club fait pour passer le temps. L’association du Chelem varennois suit les règles du jeu de la Fédération française du tarot. L’association a même intégré le comité d’Allier tarot. De ce fait, les adhérents peuvent participer à de grands tournois, à condition d’avoir une licence. « Participer à des compétitions permet de s’améliorer mais aussi de rencontrer encore plus de monde », confie le président. Une perspective qui plaît à Fabienne. « Je joue beaucoup au tarot ; j’ai même quitté mon club de Saint-Pourçain-sur-Sioule pour venir à Varennes-sur-Allier. C’est Marc qui m’a convaincue ! », assure-t-elle avec un grand sourire.
Maude Friquet