Radioamateurs : les sentinelles invisibles au cœur de la campagne bourbonnaise
Par Lalie BORDRON
Quand Internet se tait et que les téléphones cessent de répondre, une autre voix prend le relais. Dans l’Allier, les bénévoles de l’Association départementale des radioamateurs au service de la sécurité civile (ADRASEC) assurent la continuité des communications, prêts à intervenir à la moindre alerte en soutien des secours.

Imaginez une petite pièce remplie de boîtiers qui émettent chacun un bruit différent, cliquetis et bips se mêlant dans un étrange orchestre. À Varennes-sur-Allier, il s’agit du QG de Jean Mélo, président de l’Association départementale des radioamateurs au service de la sécurité civile de l’Allier (ADRASEC 03). Vêtu de son uniforme bleu et orange, l’homme scrute les réseaux de communication dès six heures du matin, prêt à intervenir à la moindre chute de réseau ou signal d’alerte.
L’ADRASEC, une association dans l’ombre
Fondée en 1986 dans le département de l’Allier, l’ADRASEC avait pour mission initiale de rechercher les balises des aéronefs en détresse. « Aujourd’hui, cela a bien évolué », confie Jean Mélo. L’objectif de l’association est désormais de mettre en place des réseaux de communication passifs ou supplétifs, notamment lors de coupures de réseau, c’est-à-dire lorsque « il n’y a plus rien qui passe, plus d’Internet », précise le président de l’association. Un phénomène plus fréquent qu’on ne le pense, particulièrement lors des tempêtes ou des incidents sur les lignes de fibre optique.
L’ADRASEC Allier compte actuellement une soixantaine de bénévoles. Si les profils sont variés, les retraités masculins restent majoritaires. Pour devenir radioamateur, il faut obtenir un certificat d’opérateur radio délivré par l’administration, qui attribue ensuite un indicatif unique, composé de cinq caractères. Celui de Jean Mélo, F4EFL, lui permet d’être reconnu dans le monde entier. Selon lui : « Un radioamateur, c’est quelqu’un qui développe, teste et met en œuvre de nouvelles technologies ».

Des interventions collectives
Le principal atout des radioamateurs réside dans leur capacité à communiquer même en l’absence totale de réseau, contrairement à d’autres forces de secours. Plus étonnant encore, ils peuvent échanger avec l’autre bout de la planète. La dernière mission outre-mer des bénévoles bourbonnais les a ainsi conduits à travailler avec Mayotte, au début de l’année 2025, à la suite du passage du cyclone Chido.
Les membres peuvent être amenés à transmettre tous types d’informations, qu’il s’agisse de données, de textes, de sous-textes ou d’images. « Nous disposons d’un réseau capable de transmettre l’ensemble des communications nécessaires », explique Jean Mélo. Mais l’ADRASEC n’agit jamais seule. La collaboration avec les pompiers et la protection civile font partie intégrante de son activité quotidienne. Sébastien Fosse, président de la protection civile de Varennes-sur-Allier, témoigne de cette étroite symbiose : « La protection civile s’appuie sur l’ADRASEC grâce à un partenariat et des dispositifs de grande envergure, notamment avec des relais radio, fixes ou amovibles, qui nous permettent de communiquer efficacement. »
De leur côté, les sapeurs-pompiers sollicitent particulièrement l’association varennoise lors de situations spécifiques. « Nous faisons appel à l’ADRASEC en cas d’aéronefs perdus ou lors des exercices annuels », précise Mariette Weiss-Guinet, cheffe du service communication du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de l’Allier, basé à Moulins. Ces interventions s’inscrivent dans le cadre du « plan de sauvetage aéro-terrestre » (SATER), destiné à localiser les balises de détresse des avions légers en difficulté.
Confrontés aux défis numériques actuels
Dans un monde toujours plus connecté, les associations comme l’ADRASEC doivent elles aussi faire face aux défis technologiques actuels. Mais les radioamateurs savent prendre les choses en main et anticiper les évolutions. « Nous fabriquons une grande partie de notre matériel. C’est ce qui fait notre particularité. On se forme, on se met à la page et on s’adapte aux nouvelles technologies », explique Jean Mélo.
Une problématique que partage également la protection civile, confrontée aux limites des réseaux classiques. « Nous disposons d’un dispositif direct en lien avec l’hôpital, mais le réseau ne passe pas toujours », souligne Sébastien Fosse. Dans ces situations, l’appui des radioamateurs devient un maillon indispensable de la chaîne de secours.
À l’avenir, l’ADRASEC entend poursuivre et renforcer son activité dans l’Allier. Pourtant, l’association reste encore peu visible auprès du grand public. Un constat partagé par la protection civile de Varennes-sur-Allier : « Les radioamateurs sont essentiels, mais on ne s’en rend pas compte », commente Sébastien Fosse.Des bénévoles discrets, mais dont les ondes continuent, chaque jour, de sécuriser le territoire.
Lalie Bordron