Château de Lapalisse : entre événements, histoire familiale et lapalissades

Par Louis-Raphaël MOREAU

Situé dans le village de Lapalisse, à une trentaine de minutes de Vichy, le château de Lapalisse fait partie des monuments emblématiques du Bourbonnais. Propriété de la famille de Chabannes depuis 1430, il n’est pas seulement un témoin de l’histoire de France, mais aussi un lieu vivant, en pleine mutation. À l’aube de sa 74ᵉ année d’ouverture au public, le château connaît aujourd’hui un nouvel élan porté par la nouvelle génération familiale, bien décidée à faire évoluer son image et ses usages.

Le Château de Lapalisse avec une partie du jardin sous le soleil couchant.
La famille de Chabannes prend possession du château au XVe siècle. Crédit : Louis-Raphaël Moreau

Un quart d’heure avant d’entrer dans le château, j’étais encore à l’extérieur. Une évidence, presque une lapalissade, mais qui résume bien l’expérience proposée ici : le visiteur ne pénètre pas dans un musée figé, il entre dans une maison de famille toujours habitée, façonnée par les siècles et animée par ceux qui la font vivre aujourd’hui. Cette singularité constitue le cœur du projet mené par la famille de Chabannes, et notamment par Elliot La Fonta, représentant de la 31ᵉ génération.

Un patrimoine en mouvement

Depuis 2021, cette nouvelle génération s’est engagée dans un vaste projet de restauration et de valorisation du château. « À l’origine, le but de ce projet était d’aider nos parents pour entretenir le château », explique Elliot La Fonta. Rapidement, l’ambition s’est élargie afin de moderniser l’image du site, attirer de nouveaux publics et faire du château un véritable acteur culturel et économique du territoire. « On veut moderniser l’image que renvoie le château », résume-t-il.

Aujourd’hui, l’édifice est ouvert au public à travers des visites guidées proposées au tarif de 10 euros. Deux guides sont mobilisés par le château. Les visiteurs découvrent un édifice marqué par les grandes figures de la famille, dont Jacques II de Chabannes, plus connu sous le nom de Monsieur de La Palice, à qui l’on doit notamment l’aile Renaissance construite au XVIᵉ siècle. Le domaine s’étend également sur huit hectares de jardins, entretenus avec des moyens humains limités – seulement deux employés assurent le fonctionnement quotidien du site.

Associations et événements

Pour faire face à ces contraintes, la famille s’appuie fortement sur le dynamisme associatif. Deux associations gravitent autour du château et jouent un rôle essentiel dans son animation. Créée en 2012 par les sept cousins de la famille propriétaire, l’association LPCP (La Palice castle project) organise des chantiers d’entretien et des événements destinés à récolter des fonds. Parmi eux, la Fête de la laine s’est imposée comme un rendez-vous majeur, attirant près de 4 000 visiteurs lors des Journées européennes du patrimoine.

De son côté, l’association Les Compagnons du temps anime le site à travers des spectacles racontant l’histoire de la famille de Chabannes et diverses activités culturelles. « Pour réaliser ce type de spectacle on fait des répétitions toutes les semaines à partir du mois de mai », précise Serge Fleury, le président de l’association. La dernière intervention en date illustre parfaitement la stratégie de modernisation du château. Organisée pour Halloween, il s’agissait d’une murder party qui a réuni 120 participants et généré environ 2 000 euros de bénéfices. Une initiative qui s’inscrit dans une volonté assumée de toucher un public plus jeune, notamment grâce aux réseaux sociaux.

Rayonnement numérique et grands chantiers

Elliot La Fonta, issu du milieu de la communication, publie régulièrement des vidéos mettant en scène le château et son histoire. Une stratégie payante puisque le site cumule aujourd’hui plus de 20 000 abonnés et la fréquentation a augmenté de 40 % depuis 2022. « Il n’y a pas longtemps, des grands-parents avec leurs petits-enfants sont venus au château. Ce sont les petits-enfants qui avaient vu passer mes vidéos sur les réseaux et qui ont eu envie de venir. Ils ont ensuite amené leurs grands-parents, raconte-t-il. C’est là que je me dis que ça touche vraiment des gens. »

Cette visibilité accrue attire également des projets extérieurs. La vidéaste EnjoyPhoenix est venue tourner une vidéo sur le thème du paranormal, et le groupe Send Me Love Letters a réalisé un clip musical dans l’enceinte du château. Autant d’initiatives qui participent à renouveler l’image du site et à renforcer son rayonnement, aujourd’hui principalement départemental, mais que la famille souhaite étendre à l’échelle nationale. En parallèle, un ambitieux programme de restauration est en préparation. Classé monument historique, le château bénéficie de subventions publiques – 35 % de l’État, 25 % du département de l’Allier et 15 % de la région – complétées par des fonds privés, des dons et du mécénat. Le premier grand chantier concernera les anciennes écuries, fermées depuis 2010 pour vétusté, et appelées à accueillir à terme séminaires, expositions et événements culturels.

À Lapalisse, le château ne se contente donc plus de raconter le passé. Il s’inscrit résolument dans le présent, porté par une famille, des bénévoles et des associations qui œuvrent ensemble pour lui assurer un avenir.

Louis-Rafael Moreau