À Gannat, l’élan économique à deux vitesses

Par Florian COLLIN

Entre autoroute stratégique, zones d’activités en expansion et ambition clairement affichée, Gannat cherche à prouver qu’un territoire rural peut devenir un pôle économique solide. Mais ce dynamisme en périphérie questionne alors que le centre-ville peine à suivre.

Une rue à Gannat.
Centre-ville de Gannat. Crédit : Florian Collin

À Gannat, le développement économique n’a rien d’un slogan creux : c’est un chantier permanent, nourri par une volonté affichée d’attirer des entreprises et de consolider un tissu industriel déjà important. « On veut montrer qu’on a la capacité en milieu rural d’accueillir des entreprises », affirme Yoann Chaucheprat, responsable du pôle vie locale à la mairie de Gannat. Et ça marche, même si le centre-ville peine à suivre.

La Communauté de communes Saint-Pourçain Sioule Limagne, dont fait partie Gannat, pilote trois zones d’activités commerciales sur la ville de 5 600 habitants — les Clos Durs, Malcourlet et les Prés Liats —, qui structurent une large part de l’emploi local. Dans la commune, où le taux de chômage avoisinait 12,5 % en 2022, un quart des postes relèvent de l’industrie, rappelle Benoit Sablery, chargé de l’attractivité territoriale à la communauté de communes.

Ces dernières années, le travail d’aménagement s’est intensifié. À Malcourlet, un ancien champ coincé entre la voie ferrée et les entreprises vient d’être requalifié. Objectif : accueillir un projet d’extension de la société pharmaceutique Unither, dont la croissance pourrait, selon les scénarios avancés, générer environ 220 emplois supplémentaires. « Il faut avoir une offre diversifiée, répondre aux besoins locaux mais aussi avoir une volonté de nouvelles implantations », insiste Benoit Sablery.

Même logique du côté des Clos Durs : qualifiée de « complète », la zone s’apprête à s’étendre de 16 hectares supplémentaires, un foncier suffisamment vaste pour accueillir potentiellement une grande entreprise. Aux Prés Liats, c’est une friche de trois hectares et demi que la collectivité cherche à récupérer malgré des complexités juridiques persistantes.

Une course contre la montre

Mais pour attirer des entreprises, il ne suffit pas d’offrir du terrain. « Il faut être efficace et réactif », souligne Benoit Sablery. Le premier contact avec celles-ci se fait souvent par téléphone ou par mail, puis tout doit aller vite : visites, repérages, anticipation des besoins fonciers et techniques. Une course contre la montre nécessaire pour éviter que d’autres territoires ne raflent la mise. L’autoroute A71 — et sa connexion rapide vers Paris, Clermont-Ferrand ou Vichy — constitue un argument de poids, souvent décisif. « C’est un avantage d’être un carrefour autoroutier », rappelle Yoann Chaucheprat.

Pourtant, la dynamique n’est pas linéaire. Le contexte politique national refroidit momentanément les projets : « On connaît une période creuse, avec moins de sollicitations qu’il y a deux ans », note Benoit Sablery. Résultat : certaines parcelles, pourtant aménagées à grands frais, peuvent rester vides cinq ou six ans. Cependant, sur les vingt-cinq dernières années, les zones d’activités se sont globalement remplies et continuent d’accueillir de nouveaux acteurs, comme récemment Fromage Bach (fabricant de fromage de chèvres) et AluK (menuiserie aluminium).

Ce mouvement alimente une vision plus large : « C’est une boucle, explique Yoann Chaucheprat. Si la ville bouge, les gens voudront venir, et pour qu’ils restent il faut créer de l’emploi. » Une équation pas toujours simple, surtout lorsqu’il s’agit de jongler entre grandes entreprises et petits commerces.

Freiner l’hémorragie

Car pendant que les zones périphériques s’étendent, le centre-ville, lui, se vide. « L’économie de proximité reste plus compliquée », reconnaît Benoit Sablery. Plusieurs commerces ouverts il y a un ou deux ans ont récemment fermé. Pour tenter de freiner l’hémorragie, la communauté de communes propose des aides à la transition numérique et met à disposition un conseiller dédié.

La mairie, elle, multiplie les animations, notamment en fin d’année. « Le but est d’inciter les habitants à déambuler et pousser la porte des boutiques », selon Yoann Chaucheprat. Mais cette stratégie ne convainc pas tout le monde : commerçants et opposition municipale estiment être les grands oubliés. « Les politiques préfèrent s’occuper des zones d’activités que du centre-ville », déplore Francine, commerçante gannatoise.

En toile de fond, c’est toute la question du pouvoir d’achat qui pèse sur les comportements. Les habitants se tournent de plus en plus vers les enseignes installées en périphérie, où l’offre est plus large et souvent moins chère. « Il y a une réalité de pouvoir d’achat que nous ne maîtrisons pas », convient Benoit Sablery.

Florian Collin