La Ficelle de Saint-Pourçain continue de se parer de dessins de presse

Par Maxence GIBAULT-RENAULT

Tous les ans, à Saint-Pourçain-sur-Sioule, la première cuvée du vin d’appellation d’origine contrôlée est fêtée le premier samedi de décembre. L’occasion pour le village de se réunir et de dévoiler le design de la bouteille, spécialement pensé par un dessinateur.

Des bouteilles, des verres et des dégustateurs de la Ficelle illustrée, du vin rouge de Saint-Pourçain-sur-Sioule.
Près de 140 000 bouteilles de Ficelle illustrées seront commercialisées par l’Union des vignerons de Saint-Pourçain-sur-Sioule. Crédit : Maxence Gibault-Renault

C’est un événement à ne pas louper. Et tellement symbolique qu’il en est devenu une tradition. Ce samedi 6 décembre, on s’agite de partout à Saint-Pourçain-sur-Sioule. Sur la place principale, surplombée par l’église, le marché bat son plein. La réelle agitation est pourtant derrière les portes de la salle communale Mirendense. Impossible de passer à côté de ces membres des confréries venues de toute la région, vêtus de longues robes colorées, se mélangeant aux curieux. 

Ces défenseurs du patrimoine culinaire et de l’art de vivre à la française ne manqueraient pour rien au monde ce rendez-vous. Comme tous les ans depuis 1987, ce premier samedi de novembre est synonyme de Ficelle. Cette cérémonie consiste en la présentation festive de la première bouteille de « ce vin rouge, jeune et fruité, issu d’un assemblage de cépages Gamay et Pinot noir et produit par l’Union des Vignerons », comme le précise sur scène Thierry Jaloux, le président de l’association.

Dans la salle comble, l’impatience commence à monter. Tous les ans, le suspense se focalise sur le design de la fameuse bouteille. En 1987, pour la première cuvée, le meilleur ouvrier de France Joël Roche esquisse un dessin, qui habillera le verre. Le relais passe ensuite à Piem, célèbre dessinateur, passé par Le Point ou La Croix. Là est toute la tradition : depuis, et jusqu’à la 39e édition de cette année, le dessin et le nom de son auteur sont gardés bien précieusement secrets et dévoilés lors de cette cérémonie. Certains des dessinateurs habitués de l’événement défilent alors sur scène, comme Mric, Berth, Deligne, Pixel Vengeur ou Faujour, et après plusieurs coups appliqués de feutre déclenchent l’hilarité de l’auditoire. Mais le plus attendu de tous s’apprête à se faire connaître. 

Qui décorera La Ficelle 2025 ? 

Pour mettre fin au suspense, il s’agit de Giemsi. Le dessinateur de l’année est choisi par celui de l’année précédente. S’ensuit la passation de crayon, où Gab, illustrateur 2024, commence un dessin que le petit nouveau vient compléter. Celui-ci doit avant tout devenir un compagnon de la Ficelle, en accomplissant le rituel d’intégration à la confrérie. Tout en tenant fermement d’une main une corde et encadré par deux membres, le dessinateur se doit d’avaler un calice de vin, sous le chant traditionnel repris par la salle, avant de prêter serment. « C’est une grosse découverte pour moi. On est venu me voir avec un demi-litre de vin à boire cul sec. Il est très bien passé ! C’est l’effet derrière qui passe moins bien », rigole Giemsi.

Parmi les dix propositions qu’il a soumises, c’est celle représentant une femme allongée regardant amoureusement une bouteille couchée à ses côtés qui a été retenue, séduisant le public qui le manifeste par une salve fournie d’applaudissements. Giemsi, de son vrai nom Jean-Marc Couchet, s’est fait connaître pour ses dessins humoristiques dans des médias tels que Mon Quotidien ou L’Huma Dimanche. Il remporte en 2017 le prestigieux prix Tignous, du nom du célèbre dessinateur tué dans les attentats contre Charlie Hebdo en 2015. Impossible pour Giemsi de ne pas penser à eux aujourd’hui, Tignous ayant dessiné le millésime 2005. « Tignous était un ami, avant le 7 janvier 2015. C’est toujours un grand moment d’émotion, on a du mal à pardonner, témoigne le dessinateur. Heureusement que l’humour est une catharsis. On essaye de rire, non pas en se moquant des victimes, mais des plus forts et de la violence. Prenez du recul et du second degré ! »

Un secteur en difficulté

Sur scène, Thierry Jaloux, le président de l’Union, présente le cru 2025 : « 140 000 bouteilles seront commercialisées en France et à l’étranger, cela représente 10 % des volumes de la cave. » « Nous exportons 15 % des bouteilles, au-delà des frontières auvergnates, vers la Chine, l’Angleterre, et même jusqu’en Australie, le pays du kangourou », s’amuse-t-il. 

Pourtant, comme les autres productions du vignoble, le 39e millésime de la Ficelle souffre des faibles quantités produites. Les récoltes du Saint-Pourcinois ont été très impactées par les intempéries et en particulier la grêle cette année. Le viticulteur explique : « Jusqu’à l’épisode de grêle de juin dernier, on se dirigeait vers une belle récolte. Mais, cette tempête nous a fait beaucoup de mal. Et la canicule d’août n’a rien arrangé. On s’est donc retrouvé avec des rendements faibles en jus. Bref, on a perdu beaucoup de volumes. »

Les aléas climatiques n’ont pourtant pas gâché la fête. Les curieux ont pu déguster La Ficelle, également vendue dès le jour même, à la boutique de l’Union toute la journée au prix de 6,50 €.

Maxence Gibault-Renault