« Il y a de la technicité et de l’échange » : le fablab de Vichy, lieu de création et de rencontres

Par Pierrick MOUEZA

Inauguré en 2020 dans l’atrium de Vichy Communauté, le fablab a bien trouvé sa place. Ici, tout est propice à la création avec de nombreux outils et machines à disposition de tous. C’est aussi un lieu de sociabilité où se rencontrent les idées et les personnes.

Femme en train de découper une feuille vinyle autocollante dans le fablab de Vichy.
Élise Gabriel, designer, utilise le fablab, le 3 décembre 2025. Crédit : Pierrick Mouëza

En cet après-midi de décembre, David Bijon, le fabmanager, aide une utilisatrice et sa fille à utiliser la brodeuse numérique du fablab vichyssois. Elles souhaitent broder un mot sur une paire de chaussettes pour le secret santa de la jeune fille. David Bijon change d’abord une bobine de la brodeuse pour utiliser du fil blanc sur les chaussettes. Il guide ensuite l’adolescente pour qu’elle configure elle-même la machine. « Il y a de la technicité et de l’échange », résume-t-il. Créé en 2020, le fablab, installé dans l’hôtel d’entreprises de Vichy Communauté, permet de donner vie à ses idées pour un faible coût.

Un concept basé sur la création et le partage

« Un fablab, ou laboratoire de fabrication, est un lieu ouvert au public où il est mis à sa disposition toutes sortes d’outils pour la conception et la réalisation d’objets », peut-on lire à l’entrée de celui de Vichy. Le concept est né bien loin de la cité thermale, outre-Atlantique. Dans les années 2000, un professeur du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) a souhaité rendre accessible un lieu pour ses étudiants où ils puissent concevoir eux-mêmes leurs projets. L’idée s’est ensuite étendue au monde entier sous forme d’un réseau de fablabs. Cela permet de partager des fichiers de conception, pour que n’importe qui puisse fabriquer un même objet.

Ici, sur une surface totale de 300 m², il y a justement de quoi fabriquer. Menuiserie, espace de coworking, atelier de découpe, d’impression 3D et salle pour la broderie et l’audiovisuel… Le tout en réservant à l’avance sur le site puis en payant cinq à six euros par heure pour l’utilisation des machines et des matières premières. Pas besoin d’être un professionnel pour utiliser les machines, car l’aide n’est jamais loin et les formations sont gratuites.

Salle des impressions du fablab de Vichy.
Le fablab compte des imprimantes 3D et des découpeuses laser. Crédit : Pierrick Mouëza

Dans la salle, la brodeuse démarre. Les premières ou plutôt les dernières lettres apparaissent. En effet, la machine commence toujours par la fin du texte programmé par l’utilisateur. Quelques minutes plus tard, le résultat est sans appel. L’inscription est parfaite, la mère et sa fille repartent satisfaites.

Du succès et une forte fréquentation

Le fablab de Vichy Communauté attire les foules. David Bijon évalue l’affluence à « entre 200 et 300 personnes par mois ». « On peut croiser du monde : des étudiants, des porteurs de projets et des élus politiques », ajoute-t-il.

« C’est ludique et les gens qui ne sont pas à l’aise avec le numérique peuvent venir pour être aidés », résume la mère de la jeune fille, une fois les chaussettes brodées. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elles réalisent un projet manuel au fablab. « On a aussi gravé une planche à découper », ajoute-t-elle.

Les utilisateurs viennent parfois de plus loin. C’est le cas d’Élise Gabriel, designer à son compte, qui a fait le déplacement de Clermont-Ferrand. « Là, je travaille pour la scénographie du centre d’art de Mille formes, à Clermont », indique-t-elle. Équipée d’un cutter et d’une règle, elle découpe précisément un film vinyle adhésif de couleur bleue. Cette habituée se dit satisfaite des services proposés.

« On est entre l’éducation nationale, les entreprises et la politique »

En plus des utilisateurs, David Bijon accueille aussi Aziz Kigueye, Benty Absoir et Noémie Mendes, « des stagiaires qui sont en BTS communication, pour travailler sur l’événementiel ». Pour l’heure, les trois stagiaires sont rassemblés autour d’un ordinateur. Ils échangent à propos du design affiché sur l’écran, une commande pour Vichy Communauté. Ils sont aussi là pour accompagner. « Le fablab, c’est vraiment pour qu’on forme les utilisateurs. On assiste juste, on ne fait pas à leur place », commente Benty Absoir.

David Bijon, responsable du fablab de Vichy, manipule une brodeuse numérique.
David Bijon, le fabmanager, le 3 décembre 2025. Crédit : Pierrick Mouëza

Ici, David Bijon a vu passer tous les profils. « J’ai travaillé avec des PME et des entrepreneurs pour la communication ou pour des banderoles. On a des retraités, des étudiants. On est entre l’éducation nationale, les entreprises et la politique », résume-t-il. Le fablab c’est certes un lieu de création d’objets, mais c’est aussi un endroit « créateur de lien social », estime le responsable. Mais pour lui, il reste encore un objectif à atteindre. « Dans les prochains mois, je compte faire décoller le fablab sur les réseaux sociaux, en proposant du contenu pour monter en audience. »

Pierrick Mouëza