Salons de coiffure à Vichy : une concurrence qui décoiffe
Par Tylian AURIOL
Dans la ville thermale, les salons de coiffure se comptent en nombre et poussent plus vite que les mèches qu’ils coupent. Radioscopie d’une profession en pleine bourre…se la tirant parfois.

On en compte près de 80, à un cheveu près, dans toute la sous-préfecture bourbonnaise. En nombre de coiffeurs par habitant, Vichy était en 2024 la deuxième ville de France derrière Cannes (Alpes Maritimes), selon le classement établi par Smappen, une start-up spécialisée dans l’analyse des données géographiques pour l’implantation de commerces, à partir des données de l’INSEE. Ces salons de coiffure, qu’ils soient indépendants, grosses enseignes ou barber shops, fleurissent dans les rues de la ville thermale.
Ce sont d’ailleurs ces derniers qui prolifèrent à ne plus savoir compter dans les rues vichyssoises. Ils suivent la mode d’une barbe bien soignée et des coupes taillées court pour un public masculin souvent jeune. De quoi intensifier une concurrence déjà importante : « C’est devenu compliqué de se faire une clientèle parmi les salons traditionnels, tellement ils sont nombreux. Mais dans le domaine de la barbe ou de la coupe masculine, l’étau se resserre aussi », déplore Zak, un employé du salon ZK Hair, situé dans le quartier de la vieille ville.
Une fréquentation en légère baisse
L’évolution démographique de la ville est stable d’une année à l’autre. En revanche, les salons continuent de croître. Le petit dernier L’atelier du coiffeur, situé rue de Paris, est sorti de terre en mai dernier. Pour beaucoup de salons historiques du centre-ville, cette multiplication des enseignes représente une menace directe. Un coiffeur indépendant de l’avenue Thermale raconte : « On partage tous la même clientèle. Chaque ouverture nouvelle redistribue un peu les cartes, et ça finit par réduire le nombre de passages chez chacun. »
La fréquentation moyenne baisse d’ailleurs légèrement ces dernières années, en partie à cause de l’inflation, qui incite certains clients à espacer leurs rendez-vous. C’est le cas notamment d’étudiants comme Raphaël : « Aujourd’hui les prix fluctuent entre 25 et 30 euros dans certains établissements. Ça fait cher, donc je laisse pousser plus longtemps », sourit-il.
Entre enseignes et indépendants : deux stratégies opposées
Les habitués du centre-ville les voient souvent. Ces vitrines nationales aux patronymes bien connus : Frank Provost, Dessange… Les enseignes attirent les clients indécis grâce à un nom connu, une communication structurée, des prix parfois agressifs ou des offres attractives. Face à elles, les indépendants tentent de tirer leur épingle du jeu grâce à une relation plus personnalisée et un ancrage local fort.
Beaucoup misent sur la fidélité : savoir appeler un client par son prénom, se souvenir de la coupe réalisée il y a trois mois, offrir une ambiance plus chaleureuse qu’un salon standardisé. Mais cela ne suffit pas toujours. « On doit constamment se réinventer et monter nos exigences et compétences pour en tirer du chiffre », argumente Clara, une jeune coiffeuse indépendante.
Un lieu de rendez-vous incontournable
Malgré une concurrence à toute épreuve, les salons restent un lieu de vie majeur du centre vichyssois. Pour une population majoritairement âgée (près de 40 % de la population avait 60 ans ou plus en 2022, selon l’Insee), le rendez-vous hebdomadaire du coiffeur est sacré. C’est un moyen de garder un lien social fort tout en se faisant pouponner. « Certaines mamies viennent chaque semaine refaire la couleur, un brushing, se sentir coquettes », explique Camille, coiffeuse dans une grande enseigne.
Une cliente confirme : « C’est toujours agréable de se faire masser la tête et de discuter avec plus jeune que nous (rires). » Dans l’un des plus anciens salons de la ville, le Carlton, ce sont aussi de nombreux curistes qui viennent se faire tailler la mèche. « On profite d’être ici pour faire un soin complet », plaisante une cliente. Pour les coiffeurs, la situation de la commune comme ville thermale est une aubaine : « Les thermes nous amènent une clientèle sûrement plus importante que dans des villes similaires en nombre d’habitants », se réjouit un employé du Carlton. Le besoin de coiffure ne disparaît pas : il évolue, se colore et s’emmêle.
Tylian Auriol