RSA gelé : qu’en est-il dans l’Allier ?

Par Camille LE GUEN

Depuis avril, 71 départements français, dont l’Allier, refusent d’assumer la hausse du RSA actée par l’État. Entre droite et gauche, les camps politiques s’opposent et se déchirent.

Immeuble du centre de Vichy, dans l’Allier, illustrant le cadre urbain du département concerné par la non augmentation du RSA.
À Vichy dans l’Allier, les bénéficiaires du RSA ont vu le montant de l’aide gelée en début d’année. Crédit : Camille Le Guen

Au 1er avril 2025, l’État a revalorisé plusieurs prestations sociales. Parmi celles-ci : le RSA. Normalement, tout bénéficiaire de l’aide de France et de Navarre devrait voir le montant de son allocation mensuelle passer de 635,71 € à 646,52 €. Seule la Martinique échappe à ces chiffres mais observe le même taux de revalorisation (1,7 %). Cela représente une hausse de presque 130 € à l’année.

Toute la France ? Pas vraiment, non. 71 départements métropolitains et ultra-marins dirigés par des partis de droite et du centre refusent d’assumer cette hausse des prestations sociales. Selon eux, ces mesures décidées par l’État imposent de nouvelles dépenses non compensées aux départements déjà sous tension.

Impossible à assumer

Le 26 mars 2025, la sénatrice de la Marne, Anne-Sophie Romagny (Union des démocrates et indépendants) a interpellé le gouvernement : « Pour les départements, la coupe est pleine. A cette allure, en 2026, 80% des départements seront dans le rouge ».

Dans la liste des départements réfractaires figure l’Allier, présidé par Claude Riboulet, encarté lui aussi à l’UDI. Dans le budget annuel voté au début du mois d’avril, il affirme sa volonté de ne pas assumer le million d’euros supplémentaire que la mesure représente pour le département bourbonnais.

Des choix incohérents

Aline Jeudi, secrétaire du Parti socialiste de l’Allier, a déploré au micro de RCF cette décision du conseil départemental : « C’est un choix politique violent puisque cette augmentation décidée par l’État correspond à 9 euros par mois, soit 30 centimes par jour. C’est une revalorisation importante pour les gens qui vivent avec très peu. »

Elle pointe également l’incohérence des décision budgétaires du conseil départemental, sous la férule de Claude Riboulet : « On se retrouve avec un président qui, pour un million d’euros de revalorisation du RSA, fait le choix de la culture et du divertissement avec un spectacle de drones à 663 000 €. Sauf que ce n’est pas son rôle au département, sa compétence première, ce sont les solidarités. » Selon le conseil départemental bourbonnais, ce million d’économies couplé à d’autres décisions budgétaires de 2025 permet au département de retourner à l’équilibre budgétaire.

Un bien pour un mal ?

Mais revenons sur les chiffres. Selon l’INSEE, l’Allier comptait 334 715 habitants en 2022, parmi lesquels France travail dénombre en 2025 6 680 bénéficiaires du RSA. Ils représentent tout juste 2 % de la population totale bourbonnaise.

« Ce petit pourcentage n’est pas flou, il est humain », s’attriste Tristan, bénéficiaire du RSA, dont le nom est modifié à sa demande. Depuis avril, son pouvoir d’achat a baissé et sa famille en pâtit. « L’inflation nous a rattrapés. Le salaire de ma femme n’a pas bougé non plus. On voit la fin du mois arriver plus vite, dit-il, les larmes aux yeux. Si rien ne change, on va devoir couper dans nos dépenses. On pompe la fin de nos ressources pour que nos filles continuent le sport ».

Camille Le Guen